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À l’adresse de Paul St-Pierre-Plamondon: « générer des idées, c’est beau ; mais les appliquer, c’est mieux ».

Publié le 04 juin 2012 par Donquichotte

Je viens de lire dans Le Devoir d'aujourd'hui, 4 juin 2012, cet article de Isabelle Porter, Québec. Je m'amuse à lui répondre en six points (un peu plus bas dans l'article que je reproduis "in extenso"). Et c'est sérieux. J'en ai marre des replis et des couilles molles qui accompagnent ce "mouvement social estudiantin-qui-s'étend".

Point chaud - « Le point limite est atteint »

Le fondateur de Génération d’idées craint que le mouvement étudiant ne cède au « culte de la désobéissance civile »

Paul St-Pierre-Plamondon en cinq dates. 17 février 1977 : Naissance à Trois-Rivières. 2008: Fondation du groupe Génération d’idées. Février 2009 : Il quitte son emploi chez Stikeman Elliott et entreprend une tournée de 19 villes au Québec dans le but de rencontrer des jeunes. Il rendra compte de cette expérience dans le livre Des jeunes et l’avenir du Québec : les rêveries d’un promeneur solitaire. Janvier 2010 : Il devient vice-président du cabinet d’avocats Delegatus. Octobre 2011 : Il plante des balais devant l’Assemblée nationale pour réclamer une commission d’enquête. Le geste lui fait perdre son contrat d’animation à Radio-Canada.

Paul St-Pierre Plamondon, du groupe Génération d’idées, a été choqué quand un négociateur étudiant a menacé le gouvernement « d’organiser » le Grand Prix de Montréal la semaine dernière. Il craint que le mouvement ne dérape en versant dans « le culte de la désobéissance civile ».

« Lorsque j’entends : “Le Grand Prix, on va vous l’organiser”, moi j’ai un méchant problème avec ça », déclarait-il vendredi en marge d’un sommet sur l’éducation publique. « Je ne veux pas que le Québec passe dans une ère où la désobéissance civile et la violence font partie de notre identité. » « C’est pas vrai qu’on va dire aux étudiants : “C’est correct la désobéissance civile, et la menace fait partie de la sphère politique”», ajoute-t-il. Le jeune avocat de 34 ans s’est fait connaître, il y a quelques années, en lançant avec d’autres Génération d’idées, un groupe de réflexion visant à lutter contre l’apathie de la Génération Y. En 2009, il avait même quitté son emploi chez la firme d’avocats Stikeman Elliott pour parcourir le Québec à la recherche d’idées nouvelles. On l’a vu beaucoup depuis sur les plateaux de télévision, notamment à Bazzo.tv, comme chroniqueur.

Selon lui, on assiste actuellement à une rupture du contrat social tel que le décrivait Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle. « Selon Rousseau, le contrat social ne fonctionne que si les gouvernants respectent eux-mêmes la loi. S’ils ne la respectent pas, les gens se sentent justifiés de ne pas la respecter. »

En octobre dernier, Paul St-Pierre Plamondon avait planté 260 balais devant l’Assemblée nationale pour réclamer une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Sa thèse est qu’on est pris actuellement entre deux dynamiques qui s’alimentent l’une et l’autre : « Parce qu’il y a corruption et conflit d’intérêts, les gens se sentent justifiés de désobéir » et « parce qu’on désobéit, les gens se sentent le droit de faire des lois 78, par exemple, qui soulèvent des questions sérieuses au niveau de la liberté d’expression et d’association ».

Cet avocat est pourtant un partisan de la lutte étudiante. En mars, il avait vivement dénoncé la hausse des droits de scolarité dans les pages du Devoir et prévoyait qu’un « blocage de longue durée » s’annonçait entre le gouvernement et les associations étudiantes.

Comme avocat, c’est lui qui a défendu en avril l’association étudiante de l’Université de Montréal contre la direction de l’Université qui souhaitait restreindre le droit de manifester sur son territoire. « L’Université n’est pas un Couche-Tard, avait-il alors déclaré. C’est un lieu d’échange, de connaissances, de débat, financé par des fonds publics. »

« S’il y a un gars qui a donné pour la cause des étudiants et qui est favorable à une éducation accessible, c’est moi, dit-il. Mais en même temps, j’ai peur qu’on verse dans le culte de la révolution, de la résistance sociale. »

0/ (Voilà, l'avocat des "idées" adopte d'abord, une « posture » : celle du bon gars qui a tout fait pour vous et qui vous aime tant ; c’est MOI)

Au-delà de la fameuse déclaration sur le Grand Prix, il ne dénonce pas tant les actes de désobéissance civile des dernières semaines que le discours auquel ils sont associés. Dans le débat public comme sur les médias sociaux, il déplore qu’on valorise la désobéissance civile. Selon lui, on atteint un « point limite » la « journée où on menace des gens ou des institutions importantes pour notre économie et notre prospérité, comme le Grand Prix ».

1/ (Voilà, c’est dit, il ne faut pas toucher à l’économie)

« C’est comme si une révolution bolchevique à la Che Guevara nous menait quelque part dans le cadre de la négociation étudiante. J’en doute fortement. »

2/ (Voilà l’autre épouvantail : la Révolution à la Guevara ; on croit rêver d’entendre une telle énormité ; comme dans le bon vieux temps, il brandit l’épouvantail du COMMUNISME)

L’exemple scandinave

Paul St-Pierre Plamondon a un curriculum vitae assez impressionnant. Il a étudié le droit à Oxford et en Suède et a notamment travaillé comme procureur bénévole en droits de la personne en Bolivie. « Je suis fortement influencé par mon expérience en Bolivie et mon expérience en Scandinavie », dit-il. La Bolivie révolutionnaire est abonnée aux changements de gouvernement, déplore-t-il.

À l’inverse, il dit avoir vu dans les pays scandinaves « une social-démocratie extrêmement fonctionnelle basée sur deux prémisses » : « une gouvernance transparente et saine » et « une certaine discipline collective » qui « parfois manque au Québec dans l’application de la social-démocratie ».

3/ (Voilà, on revient aux valeurs fondamentales : l’obéissance civile, c’est-à-dire la discipline, le respect de l’autorité. Je connais bien la discipline nordique, elle est réelle, mais elle manque souvent d’indiscipline - j'entends, d'inrigidité - et j’ai remarqué ces derniers temps que cela change petit à petit. Les piétons, au feu rouge, osent traverser la rue quand il n’y a pas une voiture qui vient. Je n'avais jamais vu cela avant aujourd'hui. Je vais en Finlande depuis 20 ans; j'y ai une résidence. Drôle non, en tous les cas, pour moi, qui me faisais engueuler quand je traversais les rues "à la québécoise", à Helsinki il y a de ça quelques années. Je crois que les temps changent, et que les Nordiques se « latinisent », peut-être.)

Quand on lui fait remarquer que l’argument de la violence des manifestants est utilisé (un petit « e » manque ici) à satiété par le gouvernement, il rétorque qu’il s’agit justement de ne pas lui donner raison. « C’est tomber dans le panneau », dit-il alors que « notre société démocratique nous donne en masse de façons de faire valoir nos arguments dans la civilité et le respect ».

4/ (La civilité et le respect ; autant dire l’obéissance et le repli sur soi, la bonne tenue obligatoire de bons petits enfants très sages ; c’est l’empêchement de tourner en rond, presque l'annihilation des consciences. Quand un gouvernement manque de respect et de civilité - voir les attaques policières -, que faut-il faire, sinon lui désobéir ?)

Par d’autres façons, il pense aux casseroles, aux manifestations ou encore à l’intervention médiatique d’Arcade Fire à l’émission Saturday Night Live. « Ils sont allés aux États-Unis, ont porté leurs carrés rouges et l’ont fait de manière très civilisée. Qu’est-ce que ça a fait ? Ça a fait que les États-Unis ont parlé du carré rouge. Il y a moyen de le faire avec une civilité telle que la cause en ressort grandie. »

L’intensité de la cause étudiante a quelque chose de surréaliste pour cet homme qui a fondé Génération d’idées en 2008 en réaction à l’apathie de la Génération Y. « Cette intensité-là, elle peut être canalisée vers de beaux projets, alors qu’au moment de la fondation de Génération d’idées, il y avait tellement d’apathie et de morosité. Les gens étaient endormis, ça n’avait aucun sens », se rappelle-t-il.

5/ (Il n’y a rien de surréaliste. Encore un grand mot de l'avocat. C'est comme invoquer Rousseau et Guevara. Dérapage des mots? Disons-le plus simplement: oui, simplement, c'est parce que l’avocat-prêtre-pleurnicheur-effrayé n’aime pas l’intensité qu'il pleurniche, effrayé. Pas de débordement. En fait il est débordé par sa gauche. Ses idées trouvent une application qu’il n’avait pas vue. Ses débats dans tout le Québec animent des gens qui maintenant veulent appliquer ses « mots » d’ordre, ses « mots » de changement, ses "mots" d'idées nouvelles. Et il a peur, et il brandit donc des épouvantails.

Dans ma mémoire, qui est ce qu'elle est, j'ai déjà vu des gens importants dans l'histoire du Québec, pleurer sur des "applications" de leur idées qu'ils n'avaient pas entrevues. Ce fut le cas du politologue Léon Dion, - ses idées frôlaient celles des Indépendantistes - j'ai écrit "frôler", oui, le père de notre Dion national - un autre pleurnichard - qui a été à la tête du parti libéral du Canada. Ce fut le cas aussi de notre Frère "untel" , - ses insolences nous avaient fait un tel bien - et pourtant il est, en fin de vie, allé se mettre au service de l'empereur-impérialiste Desmarais. Ce fut aussi le cas du Père Georges Henri Lévesque, fondateur de la Faculté des Sciences Sociales à l'université Laval - ses sciences sociales ont fait un tel remous salvateur dans la société québécoise. Mais voilà, ces trois personnages si importants ont tous les trois renié parties ou toutes leurs idées "qui troublaient, animaient, révolutionnaient presque la quiétude québécoise de l'époque - ces temps de la Révolution Tranquille - assoupie et apathique au sortir de 20 ans de Duplessisme. Je me rappelle leur argumentaire de base: leurs idées avaient entraîné trop de "mouvements de contestation", trop de débordement comme dirait l'autre St-Pierre. Pensaient-ils à ces "Fronts commun syndicaux légendaires des années 70? Ou pensaient-ils à ces turbulences felquistes? Ou pensaient-ils à ces mouvements et partis prônant l'Indépendance du Québec? Je ne me rappelle pas bien. Chose certaine, ils avaient vieilli, et leurs coeurs-pensées avec.)

« Elle est là, la croisée des chemins. Tu peux avoir un dérapage de violations des droits de la personne et de gestes criminels de part et d’autre qui laisse une empreinte vraiment préjudiciable à la tradition démocratique au Québec. Ou tu peux avoir une énergie canalisée vers des réformes, un renouveau pour le Québec. »

6/ (Le mot réforme est trop petit, il ne s’agit alors qu’une adaptation de la structure ; alors que le mot Révolution, même s’il fait peur, veut changer fondamentalement la structure. C’est le cas quand vous dites que vous mettez en place un système nouveau d’éducation gratuite ; c’est la structure même « budgétaire et fiscale » de l’État qui est changée. Ce n’est pas qu’un changement de valeur, ni non plus qu’un changement de comportement, de civilité, c’est le fonds même des règles et structures de dépenses et de revenus de l’État qui est touché. Le mot « dérapage » est inapproprié ; en fait, il est normal que ça dérape. Mais comme le disait autrefois Michel Chartrand, les manifestants ne déraperont jamais autant que les patrons - ici, l’état, ses amis les patrons, et l’appareil policier,- c’est, comme qui dirait, du donnant-donnant. Ceci n’est pas une excuse, le manifesté-réprimé-manifestant n’a pas à s’excuser, il demande à être entendu, écouté, compris, et surtout, à voir mettre en place des changements structurels profonds. Car c’est de cela qu’il s’agit. Pas de réformettes. Conclusion : « générer des idées, c’est beau ; mais les appliquer, c’est mieux ».)


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