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Le vin et les fleurs... les fameuses notes florales. Vendredis du vin # 49

Par Daniel Sériot

Les notes florales dans le vin, nous les discutons toujours entre Daniel et moi. Si je trouve la rose, il trouve la pivoine et là où je trouve les pétales séchées, il trouve la violette.

Nous avons donc appelé notre copain Charles.

Dans le vin, il est extrêmement précis. Tellement fouineur, chercheur de Fleurs - Dieu qu'il se donne du Mal! - , qu'il les a déclinées longuement dans des comptes-rendus absolument magistraux.

Ainsi a-t-il dégusté La Côte-Rôtie, Les Grandes Places 2006 de Gérin,

et en rend-il compte dans L’âme du vin

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles…

Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Il lui arrive de parcourir, comme un chiffonnier, les Côtes de Franc pour y découvrir qu'

"à travers l'Humanité frivole
Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ;
Par le gosier de l'homme il chante ses exploits
Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois.
Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence
De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;
L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil ! »*(1)

et le vin couleur d'or aux parfums de genêt se retrouve dans Les Charmes-Godard

Le plaisir du vin, hélas, lui est solitaire, et c'est le réconfort,

les "baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poète pieux ;
Tu lui verses l'espoir, la jeunesse et la vie,"*(2)

dit-il aux bienfaits ténébrants des Sauternes

Normal, il se retrouve seul depuis qu'il a assassiné sa chère et tendre et l'a versée au fond d'un puits

"Nul ne peut me comprendre. Un seul
Parmi ces ivrognes stupides
Songea-t-il dans ses nuits morbides
A faire du vin un linceul ?"*(3),

a-t-il expliqué pour défendre sa cause.

Il a même chanté sa plaidoirie.

Assez rapidement, il s'est consolé. Il est reparti à la conquête de l'amante,

"Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !
Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !"*(4)

Pour ceux qui ne seraient jamais rassasiés des FLeurs du Mal et du Sed non Satiata, ce poème qui pour beaucoup de lecteurs reste mystérieux sur le sens de nuits et de constance, du premier vers de la deuxième strophe :

Sed non satiata

Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
O démon sans pitié! verse-moi moins de flamme;
Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois,

Hélas! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine!*(5)

Extraits de (1) : Le Vin des chiffonniers

(2) Le vin du solitaire

(3) Le Vin de l'assassin

(4) Le vin des amants

(5) Pour le sens de nuits et de constance, il faut comprendre le Klein Constantia et le Nuits Saint Georges...

Poèmes extraits de "Le Vin", in Les Fleurs du Mal de Baudelaire,


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