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Evolution du GJE

Par Mauss

Sur le forum LPV (ICI) on évoque un sujet qui continue à passionner les amateurs : comment travaille la critique du vin ? Avec les questions habituelles sur l'indépendance des journalistes-écrivains-critiques-bloggeurs, sur leur mode de rémunération, sur le rôle financier des producteurs, directement ou via les publicités ou participations à des salons, etc.

On y évoque ainsi le GJE avec quelques approximations qui justifient un tantinet qu'on remette les choses au net ici, sur ce blog.

Le GJE existe depuis 1996, avec une première session historique au Saint-James à Paris.

 

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Les perdreaux de l'an 1996 au St-James (Paris)

Les vieux de la vieille devraient reconnaître ici au moins la moitié des zeus photographiés par Peter Knaup (©)

Pendant plus de 16 années, on a eu ainsi des sessions de dégustation collective par un panel européen (puis international avec des américains et un chinois) de noms connus dans la sphère "vins". Grosso modo une moyenne de 5 sessions par an soit un peu moins de 100 réunions de ce jury. C'est finalement très peu quand bien même notre approche a été significative, avec naturellement toutes les objections, critiques, insuffisances qu'on a pu évoquer ici et là, avec nous en première position pour exprimer toutes les imperfections du système.

Chacun comprendra qu'en plus d'une décennie, certaines règles de notre protocole ont été modifiées, ajoutées, retranchées.

Exemple : on a fait finalement des allers-retours entre des dégustations en totale aveugle (aucune information communiquée, ou juste une région ou un millésime) et des demi-aveugle où les dégustateurs avaient la liste des vins soumis à dégustation mais dans un ordre différent de celui du service des crus.

Rappel des grands principes

A : un panel d'au moins 15 dégustateurs, provenant d'au moins 5 pays différents et représentant si possible différentes sensibilités sur l'approche du vin : un sommelier comme Olivier Poussier ne déguste pas forcément comme un journaliste italien (Vizzari) ou un négociant suisse (Perrin) ou un illuminé de nationalité incertaine (Regamey) ou un producteur teuton 100% (Diel) ou un ombrageux (Derenoncourt) :-)

B : une analyse statistique des résultats, selon un modèle spécifique créé dans ce but par Bernard Burtschy, professeur de statistiques assermenté, où non seulement les moyennes des points avaient un sens, mais étaient accompagnées par la notion de "cohérence" qui donnait plus ou moins de poids aux résultats et des graphiques de positionnement des vins et des dégustateurs dont on peut tirer moult enseignements.

Il est bien évident que cette approche collective n'a pas beaucoup d'intérêt pour l'amateur soucieux de se coller à un critique unique. Nous n'avons jamais eu cette ambition. Et nous avons toujours respecté cette autre façon de voir les choses.

C : origine des vins. Très vite, suite à des plaintes de propriétaires préoccupés par les conditions de garde des vins sélectionnés, on décida d'acquérir les vins, dans la mesure du possible, à la propriété quand bien même certains esprits pouvaient craindre dans ce système la livraison par ces domaines de bouteilles… disons… bien sélectionnées. Qu'il nous soit permis ici de redire un grand merci à la vaste majorité des vignerons qui ont très vite accepté une contre-partie en nature, soit de vins italiens, soit d'olio di oliva particulièrement appréciées. On oubliera pas les très généreux sponsors, la plupart italiens, qui nous ouvraient très régulièrement leurs caves ou leurs portefeuilles pour que nous puissions mener à bien nos sessions de dégustation.

D : les sessions d'audit. Ces dernières années, le GJE a initié un type de session particulière, assez semblable aux audits extérieurs. A la demande d'un domaine qui souhaitait connaître où se positionnaient ses crus par rapport à des références évidentes, le GJE acceptait de réaliser une dégustation dont les résultats appartenaient alors au commanditaire pour publication ou non. Pour les pointilleux qui m'attendent au tournant, qu'ils sachent bien que, surtout pour ce type de session, le commanditaire devait impérativement accepter toutes les règles que nous y mettions.

L'exemple de la dégustation "Lascombes" est une référence en la matière :

- choix final du (ou des) millésime (s) par le GJE

- choix des crus à comparer par le commanditaire, mais avec OK du GJE

- achat des vins autant que possible au même endroit, en l'espèce, chez Lavinia à Paris 

- achat des vins par l'Huissier chargé des opérations

- ouverture des vins sous contrôle de l'Huissier

- ordre de service des vins par l'Huissier

- saisie des notes sous contrôle de l'Huissier

- répartition de la salle en deux sections, chacune dégustant soit de droite à gauche, soit de gauche à droite

- obligation des dégustateurs à commencer par le verre portant le N° de sa table

- service des vins à 15°, sachant qu'en fin de session, ils arrivent facilement à 18°

- tables de dégustation "comme à l'école" et dans un silence absolu, avec ensuite un debriefing à chaud avant de donner aux dégustateurs le nom du cru discuté. On peut trouver plusieurs films témoins sur YouTube : ICI

- faut-il préciser que tous les membres du GJE n'ont jamais reçu - ni demandé - de compensation financière pour le temps qu'ils nous donnaient. A tout le moins, on essayait, autant que faire se peut, de rembourser les frais de déplacement… et quelques bonnes tables largement méritées :-)

Je ne les remercierai jamais assez pour tout le temps qu'ils m'ont si généreusement offert : merci les amis !

Bien sûr, toutes nos dégustations n'ont pas connu ces règles aussi strictes. Mais disons haut et fort à tous les crétins glorieusement anonymes nous ayant accusé de tricherie que l'on s'en moque comme de l'an quarante de leurs commentaires oiseux et si bêtement argumentés. Nous sommes et resterons toujours particulièrement fiers de l'organisation de ces dégustations qui sont, et oui, un modèle du genre. Nos règles de base sont une référence absolue en la matière.

Pan dans le bonnet !

On vous dira un jour, quand nous sommes allés à Gstaad depuis Paris en TGV, comment Alain Dutournier nous a préparé quelques paniers-repas que la morale actuelle couvrirait d'une réprobation outrée. Il y avait nappes et couverts, verres à pied et même des japonais… qui ont cru Alain quand il expliquait très sérieusement que c'était lui qui était en charge de la restauration de ce TGV ! Toute une époque…

A l'arrivée à Lausanne, toutes les topettes avaient été séchées "alla grande" … mais heureusement, dans le joli tortillard de Lausanne à Gstaad, nos amis helvètes avaient en besace des solutions d'urgence qui furent particulièrement appréciées. Oui, on a des photos. Non, elles ne sont pas publiables :-)

… quand on pense que de petits esprits journaleux n'ont pas pu s'empêcher de nous traiter de tricheur les rares fois où ils ont daigné écrire sur nos dégustations ! J'en ai encore gros sur la patate alors même que rien ne leur interdisaient de nous questionner sur notre méthodologie. Des lamentables. Oublions.

Ce type de dégustation "audit" qui devrait connaître un bel avenir (car quoi de mieux pour évaluer un vin que de le comparer aux références de son AOC, région ou millésime ?) a été très limitée au GJE. Moins de 5 % du total de toutes nos sessions.

E : communications des résultats : le GJE n'ayant jamais eu un "business plan" ou un objectif financier quelconque sinon celui d'assurer les coûts de ses sessions, notamment grâce à des Partenaires qu'on ne remerciera jamais assez, son but n'a jamais été prioritairement de communiquer à tous vents, estimant suffisants les rapports que les amateurs pouvaient nous demander, sous forme de pdf envoyés par mail.

Les limites du GJE

La première limite est évidente, immédiate, et de taille : chacun sait par expérience que plus de 99 % des vins sont consommés avec vue sur l'étiquette. Et donc, quelque soit la qualité du jus en question, son étiquette influence, consciemment ou non, le jugement qu'on va porter sur le vin. Il est patent pour tous qu'il sera toujours plus facile, en recevant des amis à sa table, d'ouvrir un cru reconnu "urbi et orbi" qu'un inconnu, quand bien même il aurait obtenu de beaux résultats à nos sessions. C'est un peu la loi du marché.

Il n'empêche : nous ferons toujours partie des amateurs pour lesquels une première opinion sur le jus sans nom permettra, à la découverte de l'étiquette, de modérer tout enthousiasme excessif généré par un paquet de neurones bêtement alimentés par l'histoire, le marketing, et autres facteurs réduisant sérieusement la noble notion d'objectivité.

Sans oublier, plus que jamais, (il y a tant de nouveaux producteurs qui font un travail d'enfer pour nous offrir des excellences), qu'il est essentiel que quelques critiques, à tout le moins, acceptent et défendent le principe de l'aveugle. Comment voulez vous que ces nouveaux entrepreneurs passionnés se fassent connaître si personne n'accepte de comparer leurs vins avec les icônes de leur AOC ou région ? Pour un Guyon, un Vatelot, un Bizeul, un Burgaud ayant compris cette nécessité, combien de vignerons sont hélas dépendants de critiques bien trop attirés par les tapis rouges des grands châteaux ? C'est fou cette force extraordinaire de certains grands noms à générer des respects d'une telle envergure !

La seconde limite du GJE est simplement qu'il n'a pas de modèle financier, pas de ressources générées par ses activités et pratiquement plus de partenaires comme par le passé. De cela découle une communication en peau de chagrin, sinon quelques billets sur ce blog. Et sans communication plus étendue, comment faire connaître cette approche de la dégustation aux amateurs intéressés à disposer d'autres points de vue ?

Nous travaillons sur de nouvelles perspectives d'action dont on vous parlera prochainement. 

… à suivre… :-)


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