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Le Gault nouveau est arrivé

Par Oenotheque

Pierre Guigui : GaultMillau - Guide vin 2009.

Pas de photos, malheureusement, de la soirée orchestrée chez Lavinia lundi dernier pour le lancement de l’édition 2009 du GaultMillau des vins, mais une foultitude de souvenirs œnologiques que je souhaite vous faire partager. Pierre Guigui a en effet réuni 11 de ses coups de cœur, des vignerons souvent jeunes, parfois peu conventionnels, mais toujours talentueux. Beaucoup d’entre eux travaillent en bio, voire en biodynamie. Un parti pris ? Force est de constater que de plus en plus de viticulteurs adoptent ces modes de culture, plus respectueux de la terre, du raisin et, in fine, de leurs clients. Certes, une fois abandonnés les artifices que permet la chimie (à la vigne comme au chai), c’est la vérité du terroir et le savoir-faire de l’homme qui se révèlent, parfois dans une cruelle nudité. Vignes plantés en lieu et place d’anciens champs de patates, travail approximatif, hygiène douteuse, … bien des vins se révèlent décevants une fois enlevés les artifices. Ce n’est, et loin s’en faut, pas le cas des 11 personnalités retenues par Pierre Guigui pour la soirée de lancement, parmi plus de 1.200 domaines et châteaux figurant dans le dernier GaultMillau. N’ayant pas les papilles surentrainées des dégustateurs professionnels, j’ai un peu limité mon tour d’horizon. Que les exclus me pardonnent.

Le Gault nouveau est arrivé

J’ai (bien entendu …) démarré par ma Heimat. Véritable fée du vin, Sylvie Spielman sait nous enchanter avec l’or qu’elle tire des roches du Kantzlerberg de Bergheim. Avec une minéralité subtile, son riesling GC est proprement lumineux. Quant à son gewurztraminer, il m’a tout bonnement réconcilié avec ce cépage dont trop d’eaux de rose et de jus de litchis commençaient à me détourner.

De l’Alsace au Jura, un saut de puce me direz-vous, un style de vins pourtant radicalement différent. Jean-François Ganevat fait merveilles avec sa cuvée Grandes Teppes, chardonnay vielles vignes 2006. Crayeux et beurré, fruité et minéral, véritable synthèse entre ce que le Jura et la Bourgogne (l’homme y a longtemps travaillé avant de revenir chez lui) savent faire de mieux avec ce cépage trop souvent maltraité.

La palme du nom de domaine le plus poétique revient à la Ferme des 7 Lunes. Ferme, parce que Jean Delobre revendique son statut de paysan et son activité agricole en polyculture : légumes, prés, abricots, … font partie de l’éventail de sa production. Seraient-ce d’ailleurs les abricotiers qui donnent à son Saint-Joseph blanc ses arômes entêtants ? Un vin riche, opulent, gras, mais dont la minéralité permet d’éviter toute lourdeur. A l’image des rouges, notamment le magnifique Saint-Joseph 2005, où les cerises noirs confites, presque caramélisées, se hissent sur une belle structure minérale.

En poussant encore vers le sud, on trouve le Domaine de Solence, avec un Côte du Ventoux « moitié vide – moitié pleine », mi-grenache mi-syrah. Jean-Luc et Anne-Marie Isnard y font exploser les fruits rouges, griottes et framboises en tête, avec une exubérance d’autant plus agréable qu’elle se basse sur une solide structure.

Poussons à présent vers l’ouest, à la rencontre du Domaine des Deux Anes, en Corbières. Contrairement à ceux qui louent les services d’un cheval pour le photographier dans leurs vignes, Magali et Dominique Terrier sont bien les heureux propriétaires de deux sympathiques bourricots. Les vins du domaine leur ressemblent d’ailleurs un peu : d’excellents compagnons, aimables et attachants avec leur pointe de rusticité.

Toujours plus à l’ouest, et nous voilà en Bergerac avec le Château Jonc-Blanc et une cuvée « les sens du fruit » que Franck Pascal et Isabelle Carles ont élevé 20 mois en cuves sans bois. Cabernet franc, merlot et malbec ont acquis ainsi une profondeur toute bordelaise, sans les excès du merrain.

Puisque nous parlons de profondeur, je me dois de citer les Marsannay 2005 de Sylvain Pataille, le rouge issu d’une parcelle de vieilles vignes de 80 ans, et surtout le blanc au nez iodé rappelant le caramel salé, avec une belle minéralité en bouche. Des vins profonds, mais sans aucune lourdeur.

Le facétieux Olivier Dauga était également de la fête et présentait les domaines qu’il conseille, démontrant que le rôle d’un flying winemaker est avant tout de révéler un terroir et non d’imposer un goût uniforme, à défaut d’être universel. Olivier Dauga officie essentiellement dans le bordelais, mais il a également de belles réalisations à son actif dans d’autres régions. Le Château de Turcan, en Côtes du Lubéron, en fait partie. Côté rouge, la cuvée « Louis Turcan » offre de bon cœur un panier de fruits rouges, alors que « l’agitateur » roule un peu plus des mécaniques. Encore jeune (2007) cette dernière cuvée saura maîtriser sa puissance et laisser s’exprimer tous la richesse des émotions qu’elle contient. A ce propos, ne cherchez aucun rapport avec une grande chaîne de distribution de produits culturels et multimédia, l’agitateur est un ancien outil de vigneron. Le château possède en effet un musée et nomme chaque année sa cuvée spéciale du nom d’un outil qui y est exposé. Enfin, côté blanc, le Château de Turcan propose une cuvée vermentino, roussane et grenache blanc (et peut-être un quatrième cépage ?) offrant un délicieux bouquet de fleurs blanches.

GaultMillau - Guide vin 2009. Pierre Guigui. Editions GaultMillau. 896 pages. 24,90 €.


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