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La sélection de la semaine : Herakles, Quatre couleurs, Amère Russie, J’ai pas volé Pétain mais presque…, Pirat’s, Prince Dickie, Warship Jolly Roger, Gnomes de Troy, Mr Nobody, … Et tu connaîtras l’univers et les dieux, Le combat des justes, Oh my cat...

Par Casedepart @_NicolasAlbert

banniere Pour cette première semaine du mois de juin , Case Départ vous ouvre sa caverne d’Ali Baba avec de nombreux albums, pleine de nouveautés et vous conseille certains sortis il y a peu. Parmi eux, il y a quelques belles bandes dessinées. Le deuxième volume du merveilleux album mythologique Herakles signé Edouard Cour, Quatre couleurs : un sombre drame contemporain en bleu-rouge-vert-noir, le premier tome de Amère Russie : un amour immodéré d’une mère pour son fils, J’ai pas volé Pétain mais presque… : une fable fantaisiste de Bruno Heitz, une nouvelle aventure des Pirat’s du talentueux Ptiluc, Prince Dickie revisite les contes populaires, le nouvel space-opéra réussi de Sylvain Runberg : Warship Jolly Roger, le troisième tome de la série d’humour Les gnomes de Troy, la nouvelle série-manga étonnante de Gou Tanabe : Mr Nobody, … Et tu connaîtras l’univers et les dieux : un album psychédélique de Jesse Jacobs, un recueil d’histoires historiques d’anonymes au grand cœur : Le combat des Justes, un petit album japonais amusant Oh my cats !, le quatrième tome de la belle série Animal Kingdom et Le péril vieux de Laetitia Coryn. Bonnes lectures !

Mythologie

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Les éditions Akileos publient le deuxième tome de la série mythologique Herakles signé Edouard Cour. Dans ce magnifique album, l’auteur donne sa version de l’histoire du demi-dieu, Héraclès, fils de Zeus et Alcmène. Entre la fin de ses 12 travaux et le début de son épopée sur l’Argos avec Jason à la recherche de la Toison d’or, ce récit d’aventures nous fait découvrir le mythe de cet être si singulier.

Herakles et ses compagnons sont aux prises avec des combattants qui les ont fait tomber dans une embuscade. Après la mort de deux des siens, le demi-dieu se voit proposer deux autres hommes par le chef du clan.

Reprenant la mer, ils s’arrêtent chez Lycos, un vieil ami d’Herakles, menacé par les Brébyces. Le lendemain, l’homme fort règle le cas des deux pilleurs et reprend la traversée jusqu’au territoire des Amazones.

Accueilli par Hippolyte, leur reine, l’équipage se rend dans le village de ces guerrières au sein coupé. Le demi-dieu doit en effet récupérer la ceinture de la reine. Cela fait parti d’un de ses 12 travaux et la rapporter à Eurystée qui l’a contraint à ses 12 tâches insurmontables. Passant la nuit avec Hippolyte, il est réveillé par un de ses hommes qui lui apprend que la reine a donné l’ordre a ses femmes de tuer tout son équipage. Furieux, il la tue et s’empare de la ceinture.

Continuant son périple, le demi-dieu s’ennuie sur son bateau. En effet, à part une femme promise à un sacrifice pour Poséidon qu’il délivre, le trajet s’avère triste. Pour égayer la suite, il décide de continuer à pied son épopée à la recherche du troupeau de Géryon. Alors qu’un géant berger du troupeau se repose au pied d’un arbre, Herakles arrive, assomme son énorme chien et le tue. Il s’en prend alors au géant tricéphale dont le troupeau l’intéresse et le terrasse. Il récupère le bétail composé de bovins surdimensionnés et commence le chemin du retour jusqu’à la demeure d’Eurystée. Ce dernier lui confie alors sa dernière mission : récolter les pommes d’or du Jardin des Hespérides…

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Le récit de Edouard Cour est une sublime saga d’aventures mythologiques, très bien adaptée des légendes grecques antiques. L’auteur, dans sa quête de raconter la vie du demi-dieu Héraclès, réussit assez bien à restituer son ensemble. Le colosse massif et valeureux occupe merveilleusement bien l’espace dans cet album. Les personnages sont bien campés et les travaux bien expliqués. On regrettera parfois qu’ils ne soient pas si vite expédiés. C’est le seul petit bémol que l’on peut reprocher à cette bande dessinée d’une très grande qualité, tant le scénario est solide. Les dialogues parfois adaptés avec des mots actuels et comportant de nombreux traits d’humour, permettent de bien accrocher le lecteur jusqu’à la fin de l’album. La grande réussite de Herakles réside dans la partie graphique. Les planches, comportant de 2 à 5 vignettes, sont magnifiques, très bien maîtrisées et proches de l’univers de Christophe Blain. Le découpage et les cadrages dynamisent admirablement le récit. Le trait vif et anguleux de Edouard Cour souligne le côté parfois sombre et dangereux des quêtes du demi-dieu. Le tout est réhaussé de belles teintes de jaunes, de verts et d’ocres.

Alors que Herakles est embarqué sur l’Argos avec Jason et les Argonautes, on est impatient de connaître la suite de cette sublime épopée mythologique.

  • Herakles, tome 2
  • Auteur : Edouard Cour
  • Editeur: Akileos
  • Prix: 18€
  • Sortie:  17 avril 2014

Quatre couleurs

quatre couleurs
Grégoire et Pierre, deux amis étudiants, échangent leur identité pour améliorer leur moyenne. C’est le propos de Quatre couleurs est un drame contemporain de Blaise Guignin, publié par les éditions Vraoum.

Grégoire décroche son téléphone. Au bout du fil, son père, homme d’affaires aisé qui lui reproche son manque d’investissement dans ses études. En effet, l’étudiant, non chaland, plutôt porté sur les filles que ses cours, a déjà redoublé sa première année. Excédé par sa vie décousue, son père le menace de lui couper les vivres s’il ne réussit pas ses examens. En effet, ses parents, en plus du loyer de son appartement, lui versent de l’argent pour vivre.

Le lendemain à la piscine, il retrouve Pierre, son ami avec lequel il aime faire des longueurs. Il lui propose une petite combine : échanger leur identité dans un de leur cours afin d’améliorer leur note de fin de trimestre. Si Pierre est étudiant en géographie, il a des difficultés en histoire de l’art, tout l’inverse de Grégoire.

Quelques jours plus tard, à la fac. C’est l’effervescence et l’effroi : une étudiante gît sur le sol ; elle s’est suicidée. Rapidement, la police se déplace pour avoir des indices parce que ce suicide serait louche et peut être un meurtre maquillé. Si l’un des amis de Grégoire est touché par cet événement, le jeune étudiant lui reste de marbre.

En cours d’histoire de l’art, Grégoire qui a changé d’identité pour Pierre, fond devant les charmes de sa belle professeur aux lunettes vertes. Cette attirance, il en parle à son ami qui lui demande d’être discret et prudent s’il veut que leur plan fonctionne. De son côté, le vrai Pierre est tombé amoureux de Mathilde, une étudiante dans le cours de géo.

Mais la supercherie risque d’être mise à mal par l’arrivée de Chloé Dejais, une ex de Grégoire, dans son nouveau cours. La jeune étudiante le reconnaît, l’appelle par son vrai prénom et commence une entreprise de chantage. En effet, le jeune homme s’est servi d’elle lors de leur rencontre pour passer à l’acte lors de sa première fois (pour elle comme pour lui) et l’a ensuite laissé tomber. Pour protéger son secret, il lui dit qu’il a changé de prénom pour se cacher d’un psychopathe…

Voilà un très bon album ! Le récit subtil et très bien écrit de Blaise Guignin permet de passer un excellent moment de lecture. Cette histoire qui commence par une blague potache et un petit mensonge pour blouser tout le monde, se transforme rapidement en un drame contemporain sombre et proche du polar : entre les amours blessés ainsi qu’un suicide et Grégoire ne sait plus où il en est. Proche des teen moovies américains, l’histoire est fondée sur un narration originale : les quatre couleurs du stylo bic (noir, bleu, rouge et vert) déclinés en petit chapitre, avec pour introduction la couleur qui reprend un objet, un sentiment… « Rouge comme ce cendrier en plastique, Vert comme le délicieux regard de ma prof, Noir comme le regard inquisiteur de Chloé, Bleu comme le fond de la piscine municipale ». Ce procédé singulier permet de lier admirablement les scènes, donner un réel esprit à l’album et rythmer parfaitement le récit. Le trait de l’auteur de En attendant que le vent tourne (Casterman) est rafraîchissant et agréable à l’œil. Pour dessiner et colorier ses planches, il a utilisé le fameux stylo quatre couleurs Bic : cela peut surprendre mais le rendu est très réussi. Il hachure souvent ses décors afin de mettre en valeur ses personnages.

Quatre couleurs : des histoires d’amours originales qui se transforment en un récit sombre, dessiné en quatre couleurs. Une belle réussite graphique !

  • Quatre couleurs
  • Auteur : Blaise Guignin
  • Editeur: Vraoum
  • Prix: 16€
  • Sortie: 14 mai 2014

Mère courage

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Après le magnifique Clichés de Bosnie (Futuropolis, 2013) ou encore Sixteen Kennedy Express (Sarbacane), Aurélien Ducoudray revient avec une nouvelle très belle histoire Amère Russie, mise en image par Anlor, et publié dans la collection Grand Angle – Bamboo.

Russie, dans les années 90. Une mère est à la recherche de son fils, Volodia, parti faire son service militaire en Tchétchénie. N’ayant plus aucune nouvelle de lui, elle multiplie les efforts pour retrouver sa trace. Entre le développement de rares photographies qu’elle possède ou le harcèlement quasi quotidien du garde-barrière de la base militaire ; rien n’y fait, il s’est évaporé.

Son mari, alcoolique notoire n’est d’aucune aide pour cette femme courbée par les ans et dont la vie modeste se résume à la vente à la sauvette de DVD dans une gare. Toutes ses maigres économies, elle les consacre à son but ultime : revoir son fils. Le seul trait d’union entre elle et sa progéniture, c’est Milyi, le chien que son fils a dressé pour faire de drôles de tours de cirque.

Un soir, alors qu’elle revient de son travail, elle trouve son ex-mari ivre sur le paillasson de son appartement, qui lui apporte un petit morceau de papier concernant Volodia. Mais elle ne veut pas en entendre parler et ne le laisse pas rentrer chez elle. Il laisse alors cet article de journal écrit par Ivan Pavlov, dans le collier du chien. Découvrant, le papier, elle s’évanouit ; sur celui-ci, elle découvre le nom de son fils emprisonné en Tchétchénie.

Le lendemain, elle se rend dans un bar où travaille le journaliste qui lui apprend que les tchétchènes libéreraient les soldats russes faits prisonniers si leurs mères venaient les chercher elles-mêmes. Pour l’aider, il griffonne quelques mots sur un morceau de papier pour Bassaïev, le solide et sordide chef tchétchène. Réunissant ses économies et son cabas, elle prend le car direction la région séparatiste russe accompagnée par Milyi…

Encore un récit très fort émotionnellement écrit par Aurélien Ducoudray. Alors qu’il visionne un reportage incroyable sur ces mères-courages, il a l’idée de créer Amère Russie. Cette magnifique histoire d’amour entre un mère et son fils est extrêmement touchante et possède une forte tension dramatique. Ce road-movie dans une des parties de notre planète les moins hospitalières (le froid, le conflit, la cruauté des différents camps…) est basé sur un personnage fort : cette petite femme fluette, modeste mais au caractère bien trempé, prête à tout pour retrouver son fils et qui va traverser l’enfer enneigé de cette région. Le fils n’est d’ailleurs jamais présent dans le livre, juste évoqué. Rien n’est épargné au lecteur, le côté sordide de la guerre, les trahisons et les coups fourrés. Dans cette histoire sombre, il existe de très beaux moments de respiration, grâce aux pitreries de Milyi, véritable lien entre Volodia et sa mère. Le trait semi-réaliste de Anlor est magnifique et par moment, il est d’une grande puissance, notamment pour les décors du camp de Bassaïev. Les expressions des visages ont un beau rendu et le dessin original, ne ressemble à aucun autre. Efficace, elle livre des planches mâtinées d’agréables couleurs.

Amère Russie : un excellent début, très prometteur pour une histoire universelle d’un amour filial très fort.

  • Amère Russie, tome 1/2 : Les amazones de Bassaïev
  • Auteurs : Aurélien Ducoudray et Anlor
  • Editeur: Grand Angle / Bamboo
  • Prix: 13,90€
  • Sortie:  04 juin 2014

Balade pour un cercueil

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Dans le monde du 9e art, Bruno Heitz a une place à part. Formidable raconteur d’histoires, il livre souvent des œuvres poétiques et pleines de charme. C’est de nouveau le cas avec J’ai pas volé Pétain mais presque…, belle fable fantaisiste fondée sur un vrai fait-divers.

Philippe Pétain est décédé en 1951, à l’âge de 95 ans dans une prison de l’Ile d’Yeu. Condamné à mort à la libération, il sera gracié par le Général De Gaulle alors au pouvoir. Si le héros de la Première Guerre Mondiale est adulé, il n’en va pas de même pour le traître à la patrie de la Seconde Guerre Mondiale. A la fin de sa vie, il n’avait plus toute sa tête. Le jour de sa mort, il fut transféré chez un voisin pour ne pas dire qu’il est mort en prison.

Dans les années 70. Jean-Paul hérite de Ninine, sa vieille tante de Lorraine. Chez le notaire quelle ne fut pas sa surprise ! Il est alors à la tête d’un richissime patrimoine : une maison, de l’argent versé tous les mois et 8 garages à Nancy. Loués à des notables de la ville, ils rapportent sans rien faire. Tous sont réservés sauf un depuis que Maître Jardin, un avocat, n’a plus le droit de conduire.

A la gare de Ruméville, il grimpe dans une Micheline direction Nancy, balai sur l’épaule. Rue Lyautey, il découvre les box et fait connaissance avec l’avocat gaga. Criant au voleur, l’homme est rejoint par Gérard, un flic proche de l’OAS, de Pétain ou Tixier-Vignancourt. Pourtant le policier, Jean-Paul le connaît, c’est lui qui l’a fait emprisonner il y a 10 ans, dans une ancienne affaire.

Le lendemain, le flic l’emmène chez Maître Lambin l’associé de Jardin pour lui faire louer son garage vide. Récupérant l’argent en liquide, il croise la secrétaire de l’avocat sur laquelle il avait des vues. Dans un bar, elle lui raconte que son employeur et Gérard sont des admirateurs aveugles de Pétain et qu’ils veulent le réhabiliter en faisant transférer sa dépouille à Verdun, à la Tranchée des Baïonnettes.

Quelques jours plus tard, le policier propose à Jean-Paul de conduire la camionnette qui contiendra le cercueil contre une forte somme d’argent…

Véritable touche-à-tout, Bruno Heitz revient avec un formidable album. Pour raconter J’ai pas volé Pétain mais presque…, il utilise son personnage favori Jean-Paul, héros de ses deux albums précédents publiés chez Gallimard : C’est pas du Van Gogh mais ça aurait pu... et J’ai pas tué De Gaulle mais ça a bien failli… Anti-héros par excellence, il se retrouve toujours embarqué dans des situations invraisemblables. Ici, il se mêle, bien malgré lui, aux admirateurs de Pétain, néo-fachistes ou nostalgiques du régime collaborationniste. Héritant de garages, ce héros malgré lui, va de nouveau vivre des aventures incroyables. Le récit, se basant sur un vrai fait-divers, permet à l’auteur de déployer tout son talent de narrateur et d’embarquer le lecteur dans une histoire fantaisiste où l’humour tient une place importante. Les dialogues ciselés sont savoureux. Le trait de cet ancien instituteur, tout en courbes, rappellera les albums des années 80. Pourtant pas du tout daté, il se révélera d’une grande efficacité.

J’ai pas volé Pétain mais presque… : une aventure pleine de folie où le corps du maréchal voyage chez les nostalgiques de sa cause. A lire !

  • J’ai pas volé Pétain, mais presque…
  • Auteur : Bruno Heitz
  • Editeur: Gallimard
  • Prix: 18€
  • Sortie:  27 mai 2014

Pi(res)rats

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Lame de fond est le deuxième tome de la série humoristique Pirat’s signée Ptiluc. Dans cet opus, on retrouve ses animaux préférés poursuivant leur migration sur un bateau, à la recherche de leur future terre d’accueil. Rires garantis !

Quelque part en mer. 5 bateaux transportent les Rats à la recherche d’un lieu pour pouvoir s’installer. Pourtant cette traversée ne se déroule pas de la meilleure des manières : il faut trouver à manger et le poisson ne mord pas. Ils ont alors une idée : sortir le dissident enfermé dans le frigidaire pour en faire un appât. Attaché à des cannes à pêche, il est immergé mais ne ressort pas avec des poissons mais 3 grenouilles, un poil bizarres ; elles sont philosophes ! Elles mêmes deviendront un leurre pour un canard. Ce même volatile permettra au navire des rats d’avancer.

Quant au dissident, il va être amené à de nouveau payer de sa personne, en plongeant avec un bazooka à la recherche d’une pieuvre…

Déjà 30 ans que Ptiluc nous régale avec ses rats. Déclinés chez Fluide Glacial sous le noms de Pirat’s, l’humour est toujours aussi percutant. Par cette société si drôle, il se permet de critiquer les humains, leurs travers, leur petitesse et parfois leurs réussites. Ici, les majoritaires réunis en caste quasi dictatoriale, s’en prennent physiquement aux dissidents qu’ils humilient. Les rencontres avec les grenouilles ou la pieuvre ouvrent des pistes presque philosophiques et amènent le lecteur à réfléchir sur des questions sociétales. Les dialogues incisifs et cyniques sont d’une drôlerie magistrale. Le dessin, qui n’a pas pris une ride depuis ses débuts, est toujours aussi efficace, se concentrant sur les personnages et non les décors qui sont plutôt a minima.

Pirat’s : On vogue avec plaisir en compagnie de ces rats si originaux. Humour décapant !

  • Pirat’s, tome 2 : Lame de fond
  • Auteur : Ptiluc
  • Editeur: Fluide Glacial
  • Prix: 10,80€
  • Sortie:  21 mai 2014

Prince Dickie

déboulonne les contes populaires

prince dickie
Après Dickie à Hollywood et Le petit Dickie illustré, Peter De Poortere revient avec un recueil de nouvelles aventures de son petit bonhomme moustachu à la tête de Playmobil, Prince Dickie. Son héros va se retrouver dans des situations cocasses en revisitant les contes populaires de notre enfance, mais à chaque fois, cela se termine mal.

Dickie est un prince (presque) charmant, sans peur et (presque) sans reproches. Ce n’est pas qu’il ait un mauvais fond ou qu’il y mette de la mauvaise volonté, mais à chaque fois qu’il se retrouve impliqué dans une aventure, ça finit mal. Il a comme qui dirait une fâcheuse tendance à saboter tout ce qu’il touche, et c’est encore plus drôle lorsqu’il s’agit de nos contes de fées préférés !

Oubliez la magie de nos contes d’enfance, avec Prince Dickie c’est n’importe quoi ! Pour séduire une prostituée, il fabrique un faux socle avec Durandale mais il embroche sa prétendante. Il sermonne le Petit Poucet qui sème des morceaux de pain sur son chemin. L’homme s’attaque au Grand méchant loup qui harcèle le Petit chaperon rouge. Une princesse-elfe se retrouve embrochée par sa licorne à cause de Dickie. Il essaie plusieurs fois de sauver la princesse Raiponce mais ça rate à chaque fois. Il est déçu par une belle femme qu’il pensait être sa Cendrillon. Il rencontre Pocahontas qui l’embrasse et meurt d’une maladie contagieuse, ou avec l’aide de Monsieur Mouche, il capture la Fée Clochette.

En plus, de ses aventures, le lecteur pourra lire les facéties de Vickie, sa comparse hilarante aussi. Habillée en Blanche Neige, elle croise le chemin du bûcheron en quête de son cœur qu’il doit ramener à sa belle-mère. Elle rencontre ensuite la Bête dont elle tombe amoureuse, ou encore le prince charmant venue la délivrer de son sommeil mais qui préfère repartir avec deux nains !

Les gags muets en une planche de Peter De Poortere sont formidables d’humour souvent très noir, trash, burlesques et irrévérencieux ; mais c’est cela qui est très bon. C’est parfois gras mais le côté potache de ses pastiches emportent l’adhésion de tout le monde. Le talentueux auteur du Fils d’Hitler tord le cou au côté bisounours des contes de notre enfance. Disney n’a plus qu’à aller se rhabiller. Il les maltraite et les rend souvent très drôles. A chaque page, le lecteur est conquis et émet un rire tellement les planches sont amusantes. Le trait rond et simple de l’auteur flamand rend admirablement ce côté déjanté de la série. Les personnages à la tête de Playmobil sont délicieux à regarder et le système narratif en gaufrier rythme parfaitement les mini-récits. A noter que Dickie va bientôt avoir sa propre série TV.

Prince Dickie : un album déjanté et burlesque à l’humour trash et irrévérencieux. A lire pour le plaisir !

  • Prince Dickie
  • Auteur : Peter De Poortere
  • Editeur: Glénat
  • Prix: 15,50€
  • Sortie:  04 juin 2014

Space-opéra explosif

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Sans retour est le premier tome de la nouvelle série d’anticipation de Sylvain Runberg, publiée aux éditions Dargaud, Warship Jolly Roger. A la suite d’une mutinerie, Munro s’échappe d’une prison avec trois autres détenus et tente de reconquérir son ancien vaisseau Valkyrie. Ce space-opera a été conçu par le talentueux scénariste et le dessinateur Miki Montllo.

Année 3852 de l’ère confédéré, Tullanium. Sur cette planète-prison, une mutinerie éclate et les gardiens ont énormément de mal à la circonscrire. Profitant du chaos à l’intérieur de l’établissement, 4 détenus se font la malle : Alisa, une rebelle mécano-stellaire ayant lutté avec des indépendantistes et condamnée à 45 ans de prison, Nikolai, un contrebandier emprisonné pour 22 années, un jeune adolescent mutique et génie de la robotique dont personne ne connaît le prénom condamné à 30 ans de réclusion, et enfin John Tiberius Munro, ancien général et accusé à tord de crime de guerre pour couvrir ses supérieurs hiérarchiques.

Alors qu’ils ne se connaissaient pas avant, n’avaient aucun but en commun et n’étaient pas à l’origine de l’insurrection, ils réussissent à monter à bord d’un vaisseau et s’échappent. Blessé à l’œil droit, l’ancien militaire prend le commandement de l’appareil et convainc ses trois comparses de s’emparer de son ancien vaisseau le Valkyrie. A l’intérieur de l’engin, ils seraient à l’abri et pourraient partir où ils le souhaiteraient.

De son côté, Vexon, le président de la Confédération se prépare pour son discours du soir devant les hauts dignitaires du régime. Le vieil homme est un véritable dictateur, aidé dans sa tâche par son général en chef, à qui il confie la mission de retrouver les fugitifs et de les tuer.

Planète Egeus. Le vaisseau de Munro atterrit dans un lieu très connu de Nikolai. Là, il y retrouve un vieil ami, Scruggs qui l’aide à maquiller le vaisseau afin de rendre son approche du Valkyrie plus simple. En attendant la transformation et les réparations, l’ex-général se rend chez Liza pour lui soigner son œil. La petite femme n’a pas réussi à le lui sauver et a donc recousu sa paupière. Munro est maintenant affublé d’un bandeau noir, tel un pirate…

Après la magnifique série Orbital, Sylvain Runberg revient avec un nouvel album de science-fiction Warship Jolly Roger. Cette belle saga d’aventures de piraterie et d’anticipation est un subtil mélange de Blade Runner, de Star Wars, d’Albator ou encore de Universal War One. Classique dans sa construction, son approche et sa thématique, le récit est néanmoins captivant. Ce premier tome permet au scénariste d’installer l’intrigue, les personnages et d’en comprendre les motivations. Mené tambour-battant, il n’offre aucun temps morts à ses protagonistes : entre bagarres, luttes contre les autorités et course-poursuites en vaisseau spatial. Tout est là pour accrocher le lecteur. L’histoire est extrêmement solide et se fonde uniquement sur la vengeance de Munro contre la Confédération. Les 4 personnages à l’histoire encore assez mystérieuse permettront une belle ouverture pour le second et dernier tome de ce space-opera. Le trait semi-réaliste de Miki Montllo est très beau ; en témoigne la sublime couverture ainsi que la page de garde. L’auteur ayant évolué dans l’univers de l’animation et des jeux vidéos, cela se ressent fortement dans ses planches où les engins spatiaux et les décors futuristes sont légions. Les couleurs de l’espagnol sont explosives et celles sépia concernant le passé des personnages sont magnifiques.

Warship Jolly Roger : un space-opéra à couper le souffle ! On attend la suite avec impatience !

  • Warship Jolly Roger, tome 1 : Sans retour
  • Auteurs : Sylvain Runberg et Miki Montllo
  • Editeur: Dargaud
  • Prix: 13,95€
  • Sortie:  02 mai 2014

Lanfeust et Compagnie

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Dans l’univers bouillonnant et fou de Troy, en plus des séries Lanfeust de Troy, Trolls de Troy, Les conquérants de Troy, Lanfeust Odyssey ou Lanfeust des étoiles, il y a Les gnomes de Troy, une série pour enfants humoristique qui conte les folles aventures de Lanfeust, C’ian, Cixi et Bastor lorsqu’ils étaient plus jeunes dans le paisible village de Glinin. Pour ce quatrième tome, Trop Meugnon, nous retrouvons aux manettes Christophe Arleston et Didier Tarquin, créateurs de la série-mère.

Plaines vallonnées de Souardie, village de Glinin. On y retrouve Lanfeust fiancé à C’ian et sa sœur Cixi, déjà une vraie peste. Puis il y a Bastor, le plus fort, Couillalère, son petit frère, Staga le plus intelligent mais aussi Nicolède le sage, Gramlot le forgeron ou encore Roulefût le tavernier…

Entre C’ian qui apprend de Cixi qu’elle est une princesse, les ballons gonflables en forme de lapins, les 3 garçons qui se pochetronnent chez Roulefût, Cixi qui ne se sent pas bien à la vue de son cours de géométrie, les lectures croisées de C’ian et Lanfeust, les mystérieux œufs couvés par le futur héros, la nouvelle invention de Staga : un dragon mécanique, Gramlot qui devient vétérinaire, Staga qui est amoureux de Cixi, C’ian qui tricote une culotte pour le petit frère de Bastor ou encore les enfants devant un spectacle de marionnettes… tout n’est pas rose dans le petit village. Les mini-héros en font voir de toutes les couleurs aux adultes.

Voilà une série folle et amusante de Christophe Arleston et Didier Tarquin ! Les gags en une planche sont très drôles et font mouche à chaque fois. Pas de fausse note dans ce délire burlesque du scénariste prolifique. L’univers de l’enfance de Lanfeust et ses copains est formidable. Les bêtises s’enchaînent à chaque page pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs. Les fans de la série Lanfeust de Troy goûteront aussi l’humour ravageur de Gnomes de Troy. Le trait, beaucoup plus rond que pour la série-mère de Didier Tarquin rend parfaitement le grain de folie de cette série. Une belle réussite !

  • Les gnomes de Troy, tome 4 : Trop meugnon
  • Auteurs : Christophe Arleston et Didier Tarquin
  • Editeur: Soleil
  • Prix: 10,50€
  • Sortie:  21 mai 2014
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Thriller explosif

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Publié dans le magazine japonais Monthly Comic Ryû, le nouveau polar angoissant et oppressant de chez Doki Doki, Mr Nobody, était très attendu en France. Signé par Gou Tanabe, il met en scène un détective privé engagé par un mystérieux individu pour une enquête faisant ressurgir son passé.

Talentueux détective privé dans un grande agence, Kawai se voit proposer une grosse somme d’argent pour sa prochaine enquête. C’est son patron qui décide de lui confier cette périlleuse mission pour 100 000 $.

Plus tard, l’homme rappelle le commanditaire, mais la voix mystérieuse au bout du fil, lui raconte un match de base ball : un souvenir très douloureux pour le détective. Pourtant il n’est pas au bout de ses surprises : la personne lui intime l’ordre de venir en Russie pour comprendre enfin ce grand traumatisme de son passé. Intrigué, il accepte.

Après l’avion et le taxi, il arrive dans un endroit reculé du pays, au milieu d’une forêt. Dans la maison, il fait connaissance avec trois hommes et une femme, visiblement venus pour les mêmes raisons.

Dans l’heure qui suit, tous doivent se rendre sur un lieu indiqué par la même voix au téléphone. Là, ils doivent attendre qu’un train s’arrête et ouvrir le dernier wagon. L’un d’entre-eux se charge de la mission et dans la seconde qui suit, sa tête est décapitée et est expulsée à l’extérieur. Ce tueur embusqué tue alors les trois autres sous les yeux médusés de Kawai.

Les deux seuls à en réchapper sont le privé et Nastasya, elle aussi embauché par Mr Nobody, qui serait un ancien agent des services secrets soviétiques…

Prévu en trois tomes, ce manga thriller est explosif et extrêmement bien écrit. Les amateurs du genre vont être aux anges tellement le premier volume laisse augurer d’une suite de folie. L’auteur des très bons The outsider ou Kasane raconte une drôle d’aventures du détective Kawai, un homme au passé douloureux. Teintée de fantastique, l’histoire dense et très forte, est à mi-chemin entre l’univers de Quentin Tarantino (pour la folie et les récits) et celui de Millenium du suédois Stieg Larsson (pour le côté sombre et le côté mystérieux des personnages). Le trait du mangaka est sombre, parfois d’une grande puissance, mais avant tout efficace et très soigné.

Mr Nobody : plongée dans l’enfer d’un excellent thriller… Case Départ vous le recommande vivement. A noter que le tome 2 est déjà dans les bacs depuis le 02 juin.

  • Mr Noboody
  • Auteur : Gou Tanabe
  • Editeur: Doki Doki
  • Prix: 8,95€
  • Sortie:  14 mai 2014

Création(s)

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Après Ressac, les éditions Tanibis publient … Et tu connaîtras l’univers et les dieux, un album original, ambitieux et dérangeant de Jesses Jacobs.

Aux temps anciens, 3 divinités se réunissent, se chamaillent alors qu’ils créent des planètes. Ils proposent de faire découvrir à leur maître, leurs créations. Il y a là, Ablavar qui vient de finir de façonner la Terre. Sur ce nouvel astre, il y installe de la végétation, puis des « ani-maux » (des dinosaures et ensuite des animaux) et enfin des êtres humains. Ces derniers s’accouplent, se multiplient mais ont tendance à énerver les dieux.

De son côté, Zantek, lui façonne des architectures singulières sans âme et froides. Blorax observe sans réellement intervenir entre les deux créateurs. Entre Zantek et Ablavar, les tensions se font vite ressentir…

Case Départ est éclectique dans ses choix de lectures et se fait un point d’honneur à vous proposer des albums tous différents afin de vous donner l’envie de les lire ; et c’est le cas de … Et tu connaîtras l’univers et les dieux. Racontant à sa manière la naissance de la vie sur Terre, Jesse Jacobs livre un album hors-norme. Publié au Canada par Koyama Press sous le titre By this shall you know him, l’ouvrage est assez déstabilisant et intrigant. Le dessin à la fois inventif, psychédélique est composé de rondeurs, d’entrelacs et de signes tribaux pour les dieux mais aussi de cubes et de lignes droites pour les créations sans vie de Zentek. Les couleurs faites de teintes de roses, de bleus et de verts sont elles aussi dérangeantes. Entre l’envie d’en voir plus, d’en savoir plus et rejet, les sentiments sont très paradoxaux pour cet album à la narration très déstructurée. En observant cet ovni dans le monde du 9e art, le lecteur pourra s’essayer à une nouvelle expérience graphique. Mais arrivera-t-il à se laisser charmer par … Et tu connaîtras l’univers et les dieux ? Rien n’est moins sûr…

  • … Et tu connaîtras l’univers et les dieux
  • Auteur : Jesse Jacobs
  • Editeur: Tanibis
  • Prix: 18€
  • Sortie:  16 mai 2014

Justes parmi les Nations

le combat des justes
Delcourt publie un recueil d’histoires Le combat des justes, six récits de résistance, toutes scénarisées par Philippe Thirault et dessinées par 6 auteurs. Elles mettent en scène le quotidien de femmes et d’hommes anonymes qui ont bravés l’interdit pour sauver des enfants juifs d’un sort cruel pendant la Seconde Guerre Mondiale.

- Shatta et Bouli Simon (dessin Chloé Cruchaudet). Stuttgart, 9 novembre 1938. Lors de la Nuit de Cristal, Moszek, sa mère et sa petite sœur sont contraints de partir de leur appartement. Alors que les hôtels, les restaurants et les salles d’attente des gares sont interdits aux juifs, ils s’enfuient en France. Arrivés à Moissac, le petit garçon et sa sœur sont accueillis dans la maison des enfants, tenue par Shatta et Bouli Simon. Là, ils apprennent le français, les maths mais aussi leur héritage juif. Ce lieu de paix permit de sauver 500 enfants juifs.

Le trait de Chloé Cruchaudet est toujours aussi somptueux comme elle l’avait démontré dans Mauvais genre. Si le récit a quelques difficultés à se mettre en place, il faut attendre la quatrième planche pour attirer l’attention du lecteur et avoir un peu de consistance. De plus, les premiers dialogues sont très mal écrits. Dommage pour la dessinatrice qui aurait méritée d’être mieux servie.

- Abbé Glasberg (dessin Thierry Chavant). 1942. L’Honor-de-Cos, Tarn-et-Garonne. Abbé Glasberg, ukrainien juif converti, célèbre la messe dominicale mais se cache à chaque fois qu’un étranger se présente dans la commune. Il faut dire qu’il était résistant, transportant des revues clandestines et rencontrant des responsables maquisards. La même année, à Venissieux, plus de mille juifs attendent d’être acheminés vers Drancy. Il met alors en place une action de sauvetage et réussit à libérer 168 d’entre-eux.

Pour cette histoire, le récit est plus structuré. Le trait semi-réaliste de Thierry Chavant ne convainc pas réellement, les attitudes des personnages sont souvent très figées.

- Aristides de Sousa Mendes (dessin Alberto Pagliaro). Sousa Mendes est Consul du Portugal à Bordeaux pendant la guerre. En 1940, le gouvernement lisboète décrète que les visas ne seront délivrés pour les étrangers uniquement par le ministère des affaires étrangères. Pourtant le consul va passer outre les consignes de ses supérieurs et délivrer deux autorisations sans leur aval. Mai 1940, le bouche-à-oreille fonctionne tellement bien que l’homme est assailli de demandes et il va passer tout son mois de juin à délivrer entre 30 et 34 000 visas illégaux.

Ce récit est sans conteste le plus réussi de la série, tant au niveau du scénario que de la partie graphique. Le trait réaliste de Alberto Pagliaro est magnifique et ses planches sont agrémentées de couleurs magistrales teintées de verts et de rouges accrocheurs.

- Félix Chevrier (dessin Hervé Duphot). 1942, département de la Creuse. Alors que Renée, l’institutrice est mutée parce que pas assez malléable pour les autorités, Félix, le directeur de l’école doit faire face à cette subite décision. Pourtant l’homme est formidable, il cache 80 enfants juifs dans son établissement…

Le scénario de cette histoire est efficace et assez bien écrit. Quant au dessin de Hervé Duphot, il n’est pas très bon. Le trait, un peu simpliste, est figé. Les personnages d’enfants sont ratés (exemple, le visage de l’enfant de la troisième case de la première planche). Dommage parce que le récit était intéressant.

- Pasteur Trocmé (dessin Lionel Marty). Chambon-sur-Lignon. Le maire démissionne de ses fonctions car il ne se reconnaît pas dans le régime collaborationniste du gouvernement français. Le pasteur Trocmé organise la résistance de la ville. Avec sa femme, Magda, il cache des enfants juifs dans un lieu d’accueil dédié. Même Georges Lamirand, secrétaire d’état à la jeunesse de Vichy est accueilli sommairement dans la commune. D’ailleurs, elle même sera appelée Village de Justes parmi les nations en 1971, parce que tous ses habitants ainsi qu’une douzaine de communes avoisinantes ont résisté à l’occupant.

Lionel Marty, dessinateur d’Inca, montre une nouvelle fois tout son talent dans ce sublime récit. Cette histoire de 7 planches survole rapidement ce destin hors-du-commun, mais est néanmoins bien mise en images.

- Mère Francia (dessin Aude Soleilhac). Paris, 1942. La Congrégation de Notre-Dame de Sion est surveillée de près ; la milice a des doutes sur ses activités de résistance soupçonnant que les sœurs cachent des enfants juifs. Une femme ira même jusqu’à rapporter dans sa valise, de faux tickets de rationnement destinées aux petites filles du couvent. En contrepartie, la mère Francia se chargera du bébé de la jeune maman. Par une belle intelligence la mère supérieure réussira à déjouer une descente de la police allemande pour récupérer les enfants.

Pour ce dernier récit, le dessin de Aude Soleilhac restitue bien l’atmosphère de tension palpable dans le couvent. Son trait proche de celui d’Emile Bravo est réhaussé de belles couleurs.

Si la thématique est formidable et pouvait laisser entrevoir de belles histoires, ce n’est pas souvent le cas dans Le combat des justes. En effet, et c’est valable dans ce style de recueil, elles survolent beaucoup trop le quotidien singulier de ces personnes admirables. En n’allant pas au bout des choses, on en reste un peu sur notre faim. D’ailleurs certains récits auraient mérité un album complet comme le destin de Sousa Mendes, de l’Abbé Glasberg voire le couvent des sœurs. De plus, certains choix graphiques ne sont pas très pertinents, mis à part Cruchaudet, Marty ou Soleilhac. Si les histoires d’hommes et de femmes Juste parmi les nations sont bien choisies et bien documentées, toutes ne nous touchent pas réellement. L’album reste néanmoins un beau témoignage et fait œuvre de mémoire, important dans notre période actuelle où certains mouvements populistes repointent le bout de leur nez.

Le combat des justes : pour leur mémoire, pour ne pas oublier, pour leur rendre hommage.

  • Le combat des justes, 6 récits de résistance
  • Auteurs : Philippe Thirault, Chloé Cruchaudet, Thierry Chavant, Alberto Pagliaro, Hervé Duphot, Lionel Marty et Aude Soleilhac
  • Editeur: Delcourt
  • Prix: 15,95€
  • Sortie:  07 mai 2014

Et pour quelques pages de plus…

Pour compléter notre sélection de la semaine, Case Départ vous conseille aussi les albums suivants :

Oh my cats !

Jaquette-Oh-my-cats-PRESSE
La mangaka Kotsubu Sakaki possède deux chats : Bobo, la mère et Mini, le fils. Dans Oh my cats !, publié par Komikku, elle met en scène ses deux adorables félins dans leur quotidien, avec un beau brin d’humour.

Voici les trois personnages de ce manga :

- Kotsubu Sakaki, femme, née en octobre, auteur de ce manga. Ce qu’elle aime : les chats, l’alcool et les machines à sous.

- Bobo, femelle née en mars. Douce à la maison, chef de gang à l’extérieur. Son point fort : la chasse. Sort souvent dehors vivre sa vie. Ce qu’elle déteste : le vétérinaire, les chiens, la plupart des autres chats et quand Kotsubu la caresse trop longtemps.

- Mini, mâle né en mai. Avant, il pouvait déambuler en liberté mais comme il ne faisait que des bêtises, on le cantonne à l’intérieur. Il adore s’évader de temps en temps. Ce qu’il déteste : le vétérinaire et la mangaka.

Les amateurs de kawaï et de chats sont comblés depuis un certain temps, après Chi et Plum, voici un nouveau manga Oh my cats ! Auparavant les éditions Komikku avait publié Yanaka – histoires de chats, ici la mangaka nous fait partager son quotidien, pas toujours rose, avec Bobo et Mini. Il y a beaucoup d’humour et d’auto-dérision dans les petites scénettes de la part de Kotsubu Sakaki, surtout que ses félins sont espiègles, rusés et amusants. Entre le vétérinaire, les balades, le sommeil, le miaulement, les repas, la lecture du journal, la position pour dormir, les chaises tournantes, le toit… tout est prétexte à rire. Le récit est rythmé et pétillant met en valeur les personnages souvent très second degré.

  • Oh my cats !
  • Auteur : Kotsubu Sakaki
  • Editeur: Komikku
  • Prix: 7,90€
  • Sortie:  15 mai 2014

Animal Kingdom,

tome 4

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Ki oon propose le quatrième tome de la série Animal Kingdom, signée Makoto Raiku, dans sa nouvelle collection Ki oon kids.

Monoko, femelle raton-laveur, part pêcher près de la rivière. Sur l’eau, elle aperçoit un berceau contenant Toroza. Orpheline depuis qu’elle est petite, elle décide de prendre le petit bébé son son aile et l’élève. Pourtant les autres animaux autour d’elle, ne sont pas enthousiastes à l’idée de compter parmi eux un être humain. Toroza, dit Taro, a un don de la nature : il peut communiquer avec les animaux, à travers son étrange langage.

Autour du petit garçon, il y a Croc-noir, un puissant chat sauvage, sauvé de la mort grâce au langage de Taro. Depuis cet événement, il a juré de tout faire pour le protéger. Il y a aussi, Sieg, un jeune loup qui a perdu toute sa famille dans un combat avec un ours. On peut ajouter, la famille de Dengo, l’excentrique accompagné de sa mère Bella, la confidente de Monoko et de son père André.

Alors qu’il pensait être le seul être humain du Royaume des animaux, il croise le chemin de Capri, petite humaine élevée par une troupe de lions qui peut aussi communiquer avec les animaux. Alors qu’elle est carnivore, lui est herbivore : ils n’arrivent donc pas à se comprendre. Fâchée, elle rassemble ses troupes pour venir attaquer le village de Taro. Après de nombreuses difficultés, les amis du jeune garçon réussissent à repousser les assaillants. De son côté, Capri tombe de son lion, s’assomme et se réveille en face de Taro.

La fillette est étonnée que le jeune garçon lui ait porté secours et soigné. Mais Taro aimerait qu’ils deviennent amis. Pour cela Capri lui propose de venir vivre avec elle parmi les lions. Mais lui ne souhaite pas, il aime ses amis herbivores. De plus, il ne conçoit pas que les amis de la fille mangent les siens pour survivre. Fâchés, ils se quittent en pleurant et décident de ne jamais se revoir.

De retour dans son village, Capri apprend la mort de son oncle Zababa dans la bouche de son père. Le lion aurait été tué par des félins nomades qui veulent prendre possession de leur territoire…

L’univers animalier de Makoto Raiku mêle habilement l’aventure, le fantastique et les bagarres le tout teinté d’un bel humour. Alors que la loi de la jungle est en vigueur dans cette partie de territoire, la rencontre entre Capri et Taro va bouleverser cette équilibre précaire. Le point fort de Animal Kingdom est sans conteste le graphisme de cet univers à mi-chemin entre Mowgli et Tarzan. La mangaka est efficace dans le dessin de ses personnages et de la faune de son univers si original.

  • Animal kingdom, tome 4
  • Auteur : Makoto Raiku
  • Editeur: Ki oon Kids
  • Prix: 6,60€
  • Sortie:  15 mai 2014

Le péril vieux,

janvier 2019 : la retraite vient de passer à 79 ans

le péril vieux
Le péril vieux est un album humoristique de Laetitia Coryn, publié par les éditions Hugo Desinge. Les vieux prennent leur revanche dans ce one-shot fondé sur des gags en une planche.

Eh oui, les chiffres sont les chiffres, bientôt on devra tous participer à l’effort national et donner plus longtemps notre temps aux forces du travail pour bénéficier d’une retraite méritée. Le monde de demain sera donc un monde de vieux encore au boulot : fonctionnaires, policiers, enseignants, médecins, commerçants, travailleurs de tous les secteurs et en toutes catégories, il faudra tenir longtemps dans un environnement bien différent que celui de notre jeunesse.

Janvier 2019. Parlement français. Les parlementaires ont décidé d’adopter une décret faisant passer la retraite à 79 ans. Les jeunes sont dans la rue, parce qu’ils ne souhaitent pas travailler aussi longtemps et cotiser 57 ans et 2 trimestres. Le pays se révolte, la gérontophobie et la ségrégation se mettent en place. Les sénateurs se vexent et proposent la riposte. Les vieux sont partout et continuent de travailler : la vieille institutrice acariâtre, les vieux agriculteurs, l’ambassadeur de France au Sénégal très colonialiste, les cosmonautes incontinents, un vieux vétérinaire aux techniques déstabilisantes, un curé célébrant un mariage gay, une institutrice inspectée…

Force est de constater que cet album ne restera pas dans les mémoires. Les gags tombent souvent à plat, sont parfois limites concernant un humour noir et sale ! Pourtant la thématique de départ pouvait laisser penser que les scénettes allaient être drôles. En effet, les vieux auraient pu prêter à sourire dans les situations de la vie quotidienne ici dépeintes. La seule réussite du Péril vieux réside dans le dessin. Le trait humoristique de Laetitia Coryn est efficace et proche du graphisme des auteurs de Fluide Glacial ou Spirou.

  • Le péril vieux, janvier 2019 : la retraite vient de passer à 79 ans
  • Auteur : Laetitia Coryn
  • Editeur: Hugo Desinge
  • Prix: 12,50€
  • Sortie:  22 mai 2014

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