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Primeurs 2014 à Bordeaux (6)

Par Mauss

Dernier jour des intensités "primeurs" avec des visites qui commencent à prendre une rythme un peu moins course à l'échalote.

On pressent déjà les tendances des articles qui vont fleurir ici et là :

- une année qualitativement supérieure aux 3 précédentes, grâce au miracle d'un été indien tout à fait exceptionnel qui a permis au cabernet-sauvignon de bien mûrir

- une année où il y aura quelques beautés de haut niveau, quelques déceptions inattendues, et des AOC lesquelles, en moyenne, ont mieux tiré leur épingle du jeu dans un millésime hétérogène.

Bref : ce qu'on avait écrit dans notre premier billet sur le sujet. :-)

Si certains journalistes ont osé comparer les premiers du 1855, pas de panique : c'est une comparaison intra-muros, entre eux, du style Latour a fait Margaux et Margaux a fait Latour. On sait se tenir. On espère cependant que Neal Martins reprendra le concept des crus "sleepers" qui étaient - ce n'est que mon opinion - la force majeure des cotations de Parker. Qu'Antonio Galloni, qui sera là la semaine prochaine, saura exprimer aux américains un point de vue rafraîchissant, tandis que Thierry Desseauve va nous dévoiler les "SUPER BORDEAUX" (ICI).

Restons sérieux : il est de plus en plus évident, année après année, que les 50 grands noms du bordelais ont réalisé des investissements conséquents (grâce aux revenus "majeurs" de beaux millésimes bien vendus depuis le 2000) ayant parfaitement compris à quel point la sortie ne peut se faire que par le haut, par la qualité.

Et, en fonction de leur préférence personnelle, on aura des critiques mettant en évidence les crus en fraîcheur, finesse, élégance et complexité et d'autres plus sensibles à la puissance, à la générosité, aux maturités extrêmes qui donneront des vins de compétition mondiale. Palmer sera différent de Rauzan-Ségla et Petrus différent de Vieux Château Certan, tous les 4 restant des beaux noms de ce millésime miraculé. A chacun de suivre l'avis qui convient à son style propre. 

On va entrer maintenant dans la phase délicate de la définition des prix. Là encore, on a donné les variables à prendre en considération dans nos billets précédents telles que : état des stocks, marché du luxe un peu en berne en Asie, marchés européens avec nettement moins de moyens à mettre dans les classés de bordeaux, mais avec des américains qui reviennent en Aquitaine, pour autant que les boys parkériens écrivent des mots qui chatouilleront gentiment leurs oreilles de spéculateurs tant il est vrai que ce système des primeurs a été créé pour être gagnant-gagnant… ce qu'il n'est plus depuis belle lurette. Chacun sait maintenant qu'en dehors des crus de prestige aux volumes à 5 chiffres, style Le Pin ou Lafleur, on peut avoir l'espoir d'acquérir en GD les classés qu'on aimerait encaver à un prix égal ou même inférieur d'ici 3 ans. C'est bien ce qui se passe en ce moment avec des 2010, non ?

Mais cela reste un point de vue d'amateur. Bien des domaines, pas mal de propriétaires n'ont pas du tout cette vue des choses car eux ne se préoccupent pas trop des ventes aux clients en bout de chaîne, partant du principe que c'est la tâche du négoce. Lire à ce sujet ce qu'écrit TERRE DE VINS (ICI) avec l'exemple de la famille Nicolas, propriétaire du pomerol La Conseillante. Voilà des gens qui ont une toute autre vue de la situation !

Une chose est sûre : si, pendant des années, le négoce a plié l'échine devant les exigences des propriétés craignant pour leur allocation future, cette année, il est obligé de ne pas oublier à quel point il y a à Bordeaux, Londres, Hong-Kong, des stocks conséquents qui devront bien, un jour ou l'autre, être absorbés par les marchés des consommateurs. Mais quel prix ceux-ci accepteront de payer, sachant que ces investisseurs de fonds vont vouloir, non seulement couvrir les frais de garde, assurances comprises, mais surtout obtenir un rendement conséquent de leur argent ? Et qui nous garantit que les traîtres qui ont été voir ailleurs reviendront vers Bordeaux, seule région, il est vrai, à offrir ce niveau de volume, alors même que tous les chiffres mettent en évidence une explosion de la demande mondiale de vins ?

On le voit : la complexité des critères à prendre en compte n'a jamais été aussi … complexe ! Oui, Bordeaux a toujours une liste impressionnante de vins dont le RQP est évident. Oui, l'amateur peut chaque année trouver des crus de première qualité qui ne sont pas loin, "gustativement" parlant, des classés en rive droite ou gauche. Oui, le système du négoce, qui en a vu d'autres, va connaître probablement quelques concentrations discrètes et des rachats de vins dont la mise sur les marchés risquerait d'entraîner des chutes de cours qui mettraient en péril leurs propres stocks. On sait bien, après tout, que quelques châteaux n'hésitent pas à racheter leurs vins invendus en GD pour éviter cela.

D'ici à mi-juin, avec Vinexpo qui annonce être complet, on aura une image de la tendance qui va se construire en avril et mai.

On vous dira tout :-)


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