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[Dossier spécial Halloween] Masters of Horror : quels réalisateurs font le cinéma d’horreur aujourd’hui ?

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Dossier spécial Halloween] Masters of Horror : quels réalisateurs font le cinéma d’horreur aujourd’hui ?

L’horreur. L’épouvante. La recherche du grand frisson est pour le cinéphile une quête primordiale. Car mine de rien, la vraie peur au cinéma, est plutôt rare. Nombreux sont les sympathiques trips à nous arracher de temps en temps un sursaut, mais peu sont ceux qui parviennent à glacer le sang sur la longueur. Idem pour ce qui est du gore. Facile de déverser des litrons d’hémoglobine mais pas si simple de mettre en scène de manière convaincante le carnage. Le consensus général veut que l’âge d’or du cinéma d’horreur/épouvante soit passé depuis un bail. Aujourd’hui, alors que le genre ne cesse de ressusciter via des œuvres parfois super bien ficelées, difficile d’affirmer pourtant qu’il se porte bien pour autant. Les recettes sont-elles fatiguées ? Les cordes trop usées ? Ou est-ce le spectateur qui est blasé, quand il n’est carrément pas encouragé par l’opportunisme de certains artisans calculateurs, à dépenser son argent pour aller voir des trucs moisis comme Paranormal Activity ? Tout doit-il se résumer à un mouvement perpétuel ou éternellement, les mêmes éléments, parfois maquillés, sont condamnés à se répéter ? En bref, où en est la peur (et tous les sentiments associés) au cinéma en 2013 ?
Les maîtres de l’horreur, qui ont bâti la mythologie et ainsi posé les bases dominent toujours l’horreur au cinéma. Qu’ils soient vivants ou morts d’ailleurs tant certaines œuvres tiennent toujours le haut du pavé même si les réalisateurs concernés ne sont plus là ou ont complètement abandonné le genre. Néanmoins, et c’est bien légitime, la jeune génération reste féroce et de temps à autre émergent de petits malins. Des cinéastes qui ont non seulement super bien digéré leurs influences, mais qui ont aussi à cœur de proposer leur vision de l’horreur et de l’épouvante via des œuvres personnelles aux nombreuses qualités. D’autres perpétuent une grande tradition inhérente aux frissons sur pellicule : l’art du navet. Qui sont ces nouveaux maîtres de l’horreur ? Qu’elle place tiennent encore les vétérans ? Deux questions visant à dresser un modeste état de lieu de l’horreur au cinéma…

Les vétérans veillent au grain

Le temps n’est pas toujours clément avec les grands maestros de l’horreur. Plus globalement, c’est tout aussi vrai pour tous les réalisateurs qui ont pu marquer leur époque et qui par la suite ne sont plus parvenus à s’imposer avec la même flamboyance, incapables de se renouveler ou bien victimes d’un système vorace sans état d’âme. Parmi ces grands, désormais réduits à tenter de raccrocher les wagons, George A. Romero fait office de mètre-étalon. Père du zombie au cinéma, qu’il introduisit auprès du grand public dès la fin des années 60 avec La Nuit des Morts-Vivants, son chef-d’œuvre inaltérable, Romero est aujourd’hui semble-t-il condamné à vouloir remettre lui-même au goût du jour ses propres recettes. Le tout sans se rendre compte que les recettes en question, n’ont absolument pas besoin de remise à jour, vu leur caractère universel.

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George A. Romero

En résulte alors des purges comme Diary of the Dead ou Survival of the Dead. Des films poussifs qui mêlent les obsessions légendaires du réalisateur avec des techniques modernes de mise en scène comme le found footage. La sauce ne prend pas et Romero fait alors office de grand has been. Mieux vaut oublier ces dernières erreurs et se concentrer sur les Zombie, Le Jour des morts-vivants, Martin ou encore l’excellent Creepshow. Ceux-là appartiennent à l’histoire.

Tout comme bon nombre de films de John Carpenter, autre virtuose toujours en activité responsable de la construction des bases inoxydables du genre. Qui dit Carpenter, dit The Thing, Halloween, Christine, Le Prince des Ténèbres, L’Antre de la folie ou encore Vampires et pas forcement The Ward, son dernier né, sorti en France directement en vidéo. Un film loin d’être déshonorant, classique et téléphoné, mais traversé de quelques fulgurances rappelant la verve d’un grand monsieur de l’horreur au cinéma. John Carpenter, aujourd’hui, n’est plus ce qu’il était c’est certain, même si sa contribution s’avère largement suffisante pour lui accorder l’immunité. Un réalisateur bridé par un système dans lequel il n’a malheureusement plus sa place et qui ne lui accorde apparemment le droit que de bricoler des frissons plus bas de gamme par rapport à sa propre norme.

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John Carpenter

Il en est de même pour Joe Dante, le cinéaste responsable de Gremlins, mais surtout (car on parle d’horreur avant tout) de Hurlements, ou de Piranhas. Joe Dante est bridé et ne trouve plus sa place. En témoigne The Hole son dernier film, un honnête et franchement sympathique trip fantastique dans la plus pure lignée des films familiaux des années 80, dont Dante s’est fait l’un des représentants les plus illustres.


Ils sont nombreux à avoir été écartés des prestigieuses autoroutes alors que leurs filmographies comptent de vrais chefs-d’œuvres du genre. On peut citer Stuart Gordon (Re-Animator, Les Poupées), Dario Argento (Suspiria, Les Frissons de l’angoisse, Trauma…), le maître du giallo, désormais cantonné aux navets poussifs et limite auto-caricaturaux (qui a vu son Dracula pourra confirmer) ; et Wes Craven, le papa de Freddy Krueger, qui après le sursaut salué de Scream est retourné cultiver le navet armé d’une indéfectible volonté de toujours faire la même chose. Craven qui constitue une exception notable vu que ceux qui ont eu l’audace de remaker ses classiques, ont presque toujours livré des œuvres à la qualité plus élevée (La Colline a des yeux et La dernière maison sur la gauche principalement et non l’atroce remake des Griffes de la nuit), soulignant au passage le caractère sur-estimé du talent du bonhomme.
Steve Miner, l’artisan des deux premières suites de Vendredi 13, de l’excellent House ou encore de Warlock est carrément tombé dans l’oubli, forcé de réaliser aujourd’hui des épisodes de séries TV, mais ayant quand même réussi à emballer un Lake Placid assez jubilatoire.
Autre force tranquille, Tom Holland a emballé quelques petites pépites comme Vampire, vous avez dit vampire ?, Jeu d’enfant (le premier film mettant en scène Chucky) et le méconnu mais très sympa, La Peau sur les os, adapté de Stephen King. Petit truc rigolo : Tom Holland est l’oncle de Dexter Holland, le chanteur du groupe The Offspring.

Victor Salva a quant à lui réussi à imposer un nouveau croquemitaine avec le Jeepers Creepers. Personnage que Salva a mis en scène dans trois films.
Don Coscarelli semble pour sa part se foutre des règles en vigueur. Peu importe si il a réalisé Phantasm (et toutes ses suites). Il continue à tracer une route hors des sentiers battus. Quitte à faire attendre ses fans. Coscarelli, en bon franc tireur qui se respecte, n’a jamais vraiment été à la mode. Il n’a donc jamais vraiment été prisonnier d’un système carnivore. C’est peut-être pour cela que la liberté dont il jouit, lui permet de fabriquer des truc jouissifs comme Bubba Ho-Tep ou encore comme le foutraque mais potentiellement culte, John Dies at The End (toujours inédit en France à l’heure de la publication de cet article).

Ruggero Deodato, réalisateur culte du traumatisant premier found footage horrifique Cannibal Holocaust, est quant à lui vraiment tombé dans l’oubli. Dernièrement, les plus attentifs ont pu le voir faire un caméo dans Hostel 2, mais c’est bien tout. Certes, il n’est plus tout jeune, mais jamais Deodato n’a véritablement réussi à reproduire le choc éprouvé par Cannibal Holocaust. Le poids d’un classique (quelque soit sa qualité d’ailleurs, car Cannibal Holocaust n’est pas ce que l’ont peut appeler un chef-d’œuvre) est souvent très dur à porter pour son créateur. Sean S. Cunningham pourrait écrire un bouquin sur le sujet, lui qui avec Vendredi 13 premier du nom, a signé en 1980 son seul film notable. Un film sur lequel il a tablé tout au long de sa carrière en produisant les derniers volets (Jason va en enfer, Jason X et Freddy contre Jason) sans se priver d’apparaître dans les divers reportages dédiés à Jason, le tueur au masque de hockey. Tobe Hooper sera pour sa part l’éternel réalisateur de deux monuments, à savoir Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist. Le grand public n’ayant pas retenu son Crocodile de la mort, sa délirante suite de Massacre à la tronçonneuse et encore moins son dernier film en date, le pourtant honorable (mais sacrément bancal et fauché) Mortuary. Djinn, son nouveau long-métrage, devrait en toute logique connaître le même sort…

Tobe Hooper

Tobe Hooper

Dans la même catégorie se retrouvent Brian Yuzna, le père de Society et du Dentiste, ayant lui aussi frayé avec le Re-animator à l’occasion de deux suites plutôt anecdotiques ; Mary Lambert, la réalisatrice du tétanisant Simetierre ; et Peter Medak, le réalisateur du terrifiant L’enfant du diable, très actif à la télévision (il a bossé dernièrement sur Breaking Bad) et connu des plus jeunes pour sa suite de La Mutante. Medak qui a, c’est important, touché à de nombreux styles. Il y a aussi Herschell Gordon Lewis, qui n’a pas chômé, mais qui restera comme celui qui commit, en 1964, l’outrancier et foutraque 2000 Maniaques.
Enfin, pour rester chez les maniaques, on peut parler de William Lustig, le responsable de l’un des films le plus craspecs de l’histoire, Maniac et de Maniac Cop, dont il livra aussi 2 suites. Autre maniaque, vraiment acharné et borné pour le coup, Don Mancini n’a évolué que dans l’univers de Chucky, sa poupée tueuse, en écrivant les six films de la saga et en réalisant les deux derniers.

Cas à part, Stephen King et Clive Barker, deux écrivains souverains, spécialisés dans l’épouvante, ont eux aussi touché à la réalisation. Le premier s’est vautré dans les grandes largeurs avec le catastrophique Maximum Overdrive, et le second a accouché d’un classique, avec Hellraiser (qui donna lieu à de nombreuses suites). Classique qui a précédé deux autres films respectés par les fans, à savoir Cabal et Le Maître des illusions.
Roger Corman, l’un des parrains du genre, aujourd’hui âgé de 87 ans, est à la retraite depuis belle lurette.
Tim Burton, même si il s’est toujours distingué par la mise en avant d’un esprit teinté d’humour, n’est pour autant jamais resté bien loin des frontières de l’épouvante, avec des films comme Beetlejuice, Ed Wood, ou Sleepy Hollow.

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Clive Barker

La Hammer, boite de production légendaire de films d’horreur, a joué un grand rôle dans l’élaboration de l’image d’Épinal de l’épouvante au cinéma. Son bestiaire est mythique et compte dans ses rangs la créature de Frankenstein, Dracula et tous les grands monstres ayant habité les nuits de tant de spectateurs. Des réalisateurs comme Terence Fisher et des acteurs comme Peter Cushing et Christopher Lee ont bâti la légende. Aujourd’hui, après une résurrection marquée par le remake de Morse, intitulé Laisse-moi entrer, de Matt Reeves, la Hammer continue de livrer de bons films, même si de toute évidence, il ne s’agit là que d’une réminiscence en forme de tentative modeste et honorable pour faire partie du paysage actuel. La Dame en Noir en particulier fait figure d’hommage aux grandes heures de la firme, avec son ambiance gothique.

Horreur un jour, horreur toujours ?

Si certains ont fait de l’horreur leur fond de commerce, d’autres n’ont fait que quelques incursions dans le genre, à l’occasion de chefs-d’œuvres inter-générationels. Des cinéastes touche à tout qui ont trouvé dans l’angoisse, l’inspiration nécessaire à l’élaboration de classiques monumentaux.
Parmi les plus illustres, citons William Friedkin et L’Exorciste (mais aussi La Nurse et pourquoi par Bug) ; Richard Donner (le papa de L’Arme Fatale) et La Malédiction, Roman Polanski et Rosemary’s Baby, Le Bal des Vampires, Le Locataire et La Neuvième Porte ; Sam Raimi et Peter Jackson, tous les deux marqués par des débuts fracassants dans l’horreur, avec pour Raimi, les trois volet d’Evil Dead, Darkman, Intuitions (à la limite) et Jusqu’en enfer, et pour Jackson, Bad Taste, Braindead, pourquoi pas The Feebles et Fantômes contre Fantômes.

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Peter Jackson dans Bad Taste, son premier film.

Sans oublier le très prolifique David Cronenberg avec Frissons, Rage, Chromosome 3, Scanners, Videodrome, Dead Zone, La Mouche, Faux Semblants, et eXistenZ ; Brian De Palma et Carrie au bal du diable, Furie, et pourquoi pas Phantom of the Paradise ; Steven Spielberg avec Les Dents de la Mer et Duel ; Ridley Scott avec Alien, James Cameron avec Piranha 2 : les Tueurs volants, Aliens, le retour et dans un certain sens Terminator ; John McTiernan avec Predator ; David Lynch, avec Eraserhead, et Lost Highway qui, comme beaucoup de ses films contient une part largement horrifique ; Francis Ford Coppola, qui a été formé chez Roger Corman et qui lui même a versé dans l’épouvante avec Dementia 13 et Dracula ; Danny Boyle avec 28 Jours plus tard (et Sunshine dans une moindre mesure) ; Frank Darabont, jamais loin du fantastique, avec The Mist ; Kathryn Bigelow avec Aux Frontières de l’aube ; Rob Reiner avec Misery ; Barry Levinson avec dernièrement The Bay ; Guillermo Del Toro avec Cronos, Mimic, L’Échine du Diable ; Ben Wheatley avec Kill List ; Russell Mulcahy avec Razorback ; Bernard Rose avec Candyman ; John McNaughton avec Henry, Portrait of a serial killer ; Zack Snyder avec L’Armée des Morts ; John Landis avec Le Loup-Garou de Londres ; Edgar Wright avec Shaun of the Dead ; ou encore Jonathan Demme avec Le Silence des Agneaux. Liste non exhaustive…

Certains de ces cinéastes de renom n’ont jamais remis les pieds dans l’horreur. Certains ne tournent carrément plus (Richard Donner par exemple). La faute à un âge avancé ou à un désir d’explorer encore et toujours d’autres contrées. Pour autant, bien souvent, comme avec Sam Raimi ou Peter Jackson, l’horreur n’est jamais bien loin et refait surface de temps à autre, au détours d’une scène. On peut citer comme exemple la naissance de la sorcière dans Le Monde Fantastique d’Oz, qui rappelle furieusement Evil Dead, ou encore certains passages clés de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Le gore, pour sa part, est toujours au centre de la démarche artistique de certains réalisateurs, comme David Cronenberg, dont les films les plus plus récents contiennent leur lot de plans violents décomplexés.

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Roman Polanski et Mia Farrow sur le tournage de Rosemary’s Baby.

Finalement, et même si ils ont laissé le genre derrière eux, ces réalisateurs sont responsables de nombre de vocations. L’Exorciste ou La Malédiction, quand ils ne sont pas carrément plagiés ou remakés servent de terreau à la jeune génération qui ne peut pas ignorer de tels monuments matriciels. Dernier exemple en date, le The Lords of Salem de Rob Zombie, de toute évidence très inspiré du Rosemary’s Baby de Polanski.

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Stanley Kubrick et Jack Nicholson sur le tournage de Shining

Tous les films précédemment cités représentent autant de fulgurances qui sont à ranger aux côtés des grands classiques de ceux qui ont tiré leur révérence et dont le nom se doit d’être cité ici. Les Alfred Hitchcock, Lucio Fulci, F.W. Murnau, Robert Wise, Stanley Kubrick, Jesus Franco, Mario Bava…

La jeune garde aux dents longues

Difficile de ne pas débuter par James Wan. Remarqué dès son premier film, Saw, qui déboucha sur une saga indigente à la qualité salement décroissante, Wan désire aujourd’hui changer de registre, et planche d’ailleurs sur le septième volet de la saga Fast & Furious. En attendant, le trentenaire a, en quelques années et une poignée de films, imposé une patte indéniablement rafraîchissante. Metteur en scène inspiré, scénariste et monteur, Wan a su digérer ses influences pour livrer des longs-métrages angoissants, à la fois modernes et résolument marqués par les références les plus prestigieuses. Conjuring est en cela un excellent exemple et demeure à ce jour son chef-d’œuvre.

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Très appliqué, James Wan a su intégrer tous les codes inhérents aux films de maisons hanté et de possession, pour accoucher d’un long-métrage élégant et furieusement effrayant. Si on souligne en plus que le bonhomme sait bigrement bien diriger ses acteurs, il n’en faut pas plus pour faire de lui l’un des jeunes cinéastes les plus doués de sa génération. Insidious, Dead Silence et même le thriller vigilante Death Sentence, sont autant de preuves supplémentaires d’une gouaille redoutable à laquelle il est difficile de ne pas succomber. Même quand il se plante, comme cette année avec le bâclé Insidious 2, Wan s’arrange pour sauver les meubles et réserver à ses spectateurs des œuvres de toute façon plus intéressantes que bons nombres de films emballés à l’arrache par les nombreux aspirants à la succession au titre de roi de l’horreur.

Un titre que pourrait revendiquer le discret Ti West, surtout si il continue sur sa belle lancée. The Roost, le flippant et dérangeant The House of The Devil et le lyriquement effrayant The Innkeepers apportant autant de pièces à conviction venant confirmer le talent d’un cinéaste lui aussi tourné vers l’âge d’or du cinéma d’horreur, mais pourtant bien déterminé à justifier sa démarche par une succession de choix personnels très intéressants. Adam Wingard, qui a déboulé cette année avec le furieux You’re Next, est fait de la même étoffe et les segments qu’il a réalisé pour les deux volets de V/H/S 1 et 2 relevant considérablement le niveau de ces deux compilations de sketches pas super folichonnes.

Christopher Smith, bien que cantonné aux direct-to-video en France, peut se targuer d’un sans faute pour le moment, avec des œuvres comme Black Death, Triangle, Creep et Severance. Ryuhei Kitamura creuse dans le genre également, lui qui a livré avec Midnight Meat Train l’une des grosses surprises de ces dernières années, mais qui s’est relativement planté récemment avec le fadasse No One Lives. Scott Derrickson baigne dans l’horreur depuis ses débuts, et a dernièrement prouvé, avec Sinister, qu’il était capable de déclencher de belles frayeurs grâce à des idées ingénieuses, bien qu’alourdies par des clichés à la dent dure. À noter que Derrickson est tout de même l’auteur de L’Exorcisme d’Emily Rose, l’une des déclinaisons les plus convaincantes de L’Exorciste de William Friedkin.

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Alexandre Aja

En France, c’est Alexandre Aja qui domine son monde. Spécialiste du remake, il est parvenu à surpasser son modèle en refaisant La Colline a des yeux de Wes Craven et à proposer une alternative fun et super gore au Piranhas de Joe Dante. Dernièrement, il a parrainé le surprenant remake de Maniac de son pote Franck Khalfoun. Et puisqu’on parle de la France, difficile de ne pas citer Xavier Gens et Pascal Laugier, bien que ni l’un ni l’autre n’aient pour l’instant réussi à allier le fond et la forme. Mention à Laugier tout de même, qui sait faire preuve d’un savoir-faire prometteur, Xavier Gens s’étant pour le moment distingué par un désir manifeste de choquer par l’image avant de penser au fond, ce qui débouche sur des films brutaux certes, mais complètement aux fraises, comme Frontière(s) et The Divide. Yannick Dahan, critique cinéma bien connu, s’est essayé à la réalisation, avec Benjamin Rocher, à l’occasion de La Horde, un trip zombie bourrin et référentiel certes amusant, mais trop bancal pour s’imposer durablement. On peut néanmoins considérer Dahan et Rocher comme deux des espoirs français les plus solides et espérer que si ils se lancent dans l’aventure d’un second film, ils canalisent leur énergie et leur verve et accouchent d’une bombe qui mettrait tout le monde d’accord.

L’Espagne se défend particulièrement bien dans le domaine. Avec la saga [Rec] bien sûr, de Paco Plaza et Jaume Balagueró, mais aussi grâce à des réalisateurs comme Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat), Juan Carlos Medina (Insensibles), Andres Muschietti (Mama) et bien entendu Alejandro Amenábar (Les Autres, Tesis).

Rob Zombie, l’ex-leader de White Zombie et fils spirituel d’Alice Cooper, spécialisé dans le heavy metal à tendance shock rock, est lui aussi incontournable. La Maison des 1000 morts impose un réalisateur très respectueux via d’illustres références, tandis que The Devil’s Rejects affirme un talent brut de décoffrage où les concessions n’ont pas leur place. Son remake d’Halloween impressionne également tandis que la suite déçoit. The Lords of Salem son dernier délit en date divise mais finit d’affirmer le désir de Zombie de ne pas faire dans la dentelle. Le cinéma d’horreur moderne peut compter sur lui même si ses récents propos et son futur projet laissent entrevoir une volonté de s’éloigner de l’horreur pure.

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Rob Zombie

Neil Marshall est pour sa part l’un des bourrins les plus magnifiques de l’ère moderne du cinéma d’horreur. Son premier long, Dog Soldiers, se paye le luxe de réhabiliter la figure malmenée du loup-garou, le tout dans un esprit guerrier proche de Predator, tandis que The Descent, fait carrément office de nouveau mètre-étalon du survival horrifique. Ensuite, Marshall s’éloigne du genre, mais pas trop non plus, avec notamment un Doomsday jubilatoire en forme d’hommage appuyé à Mad Max.

Lucky McKee fait également très mal, quitte à en faire des caisses comme avec The Woman, sa déclinaison de L’Enfant Sauvage de Truffaut, franchement déviante et malsaine. À ce jour, sa plus grande réussite reste May, un conte poétique et cruel qui pose les bases d’une cinéphilie solide et d’un caractère puissant.

Hideo Nakata tient aussi un rôle primordial car il est à l’origine de toute une mouvance. Inaugurée avec Ring, cette mouvance met l’enfant au centre d’une problématique viscérale véritablement flippante. Avec Dark Water, Nakata confirmera, tandis que Takashi Shimizu prouvera qu’il existe d’autres talents capables de fournir les amateurs en frissons solides, avec notamment The Grudge. Idem pour les frères Pang et leur The Eye. Que des films repris par les studios américains, parodiés et copiés, qui n’ont jamais eu à craindre une concurrence mollassonne et fainéante qui s’est contentée de répéter ad vitam eternam les recettes, sans les comprendre.

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Eli Roth

Moins intéressant car vraiment borderline au point de se disperser trop souvent, Eli Roth a su lui aussi impressionner grâce son premier film, Cabin Fever. Un truc sale et étrange, marqué par un second degré sympathique, qui précéda Hostel, où l’humour avait par contre tendance à se faire la malle au bénéfice d’une horreur sourde et franchement pesante. Fameux représentant du torture porn, Eli Roth a ainsi produit la suite d’Hostel et s’est placé en tête d’un mouvement extrême né dans les années 70 avec notamment Wes Craven et sa Dernière maison sur la gauche (encore un film repris pour le meilleur à l’occasion d’un remake bien supérieur à l’original). I Spit on your grave de Steven R. Monroe (on oublie la suite) étant une autre référence du style (remake lui aussi).
Très tôt le cinéma d’horreur a compté beaucoup d’œuvres choquantes et outrancières. Beaucoup se sont engouffrés dans le filon, avec plus ou moins de succès, oubliant parfois le fond au profit d’une forme sanglante pour ne pas dire franchement dégueulasse. Des boîtes comme Reel Gore Production, responsables de films tels Violent Shit, d’Andreas Schnaas, ont poussé très loin les limites de ce qu’il était permis de montrer sur un écran. Un peu comme la trilogie Face à la mort et tout ce que l’on peut trouver chez l’éditeur hardcore Uncut Movies. Des films comme Premutos, répugnants et extrêmes, souvent teintés de second degré, représentants d’une école allemande ultra borderline. Parallèlement, d’autres se sont distingués via un humour décalé pour ne pas dire débile, tout en faisant couler le sang à outrance. On pense ici à Lloyd Kaufman, et à tous les films de la firme Trauma, à l’image de Toxic Avenger. Écartés des grands circuits de distribution, ces longs-métrages n’en demeurent pas moins salvateurs dans leur refus de céder à un certain modèle mainstream.

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Lloyd Kaufman

Au sein de cette nouvelle garde, beaucoup se sont engouffrés dans l’embrasure créée par Le Projet Blair Witch de Daniel Mirick et Eduardo Sanchez. Le found footage est devenu super populaire (à noter que le genre est véritablement né il y a bien longtemps avec Cannibal Holocaust). Oren Peli, porte-parole du genre, en a fait son principal fond de commerce. Avec Paranormal Activity, qui a initié une saga sans cesse plus opportuniste, Peli a imposé un modèle peu exigeant, franchement poussif et pas du tout effrayant, qui a fait ses preuves au box-office. Les navets found footage sont alors légion, et seuls quelques artisans soucieux d’utiliser le procédé de manière inventive ont su relever le niveau. On pense à The Troll Hunter, de André Øvredal ; à The Bay, de Barry Levinson ; à Cloverfield, de Matt Reeves ; à [Rec], ou encore, à la limite au Dernier Exorcisme, de Daniel Stamm.

Pour clôturer, il convient de citer Fede Alvarez, le responsable du génial et sauvage remake d’Evil Dead, adoubé par Sam Raimi et Bruce Campbell, les créateurs de la saga originale ; mais aussi Drew Goddard, le réalisateur de la Cabane dans les bois. Un film conspué d’un côté, salué de l’autre, qui a au moins le mérite d »avoir fait parler de lui. Même chose pour Eli Craig qui avec Tucker & Dale fightent le mal a prouvé qu’il était encore possible de mélanger gore et comédie, sans sonner faux et juste retomber dans le redite encombrante.

Des réalisateurs qui ont compris qu’il était difficile désormais de faire de l’inédit. Des créateurs avant tout passionnés et non juste intéressés par l’appât du gain, comme peuvent l’être Paul W.S. Anderson (Resident Evil), Oren Peli et Darren Lynn Bousman (Saw 2, 3 et 4), bien que ce dernier ne soit pas totalement perdu vu son Mother’s Day par certains aspects assez intéressant.

Impossible de citer tous ceux qui font l’horreur aujourd’hui au cinéma, à moins de se lancer dans la rédaction d’un bouquin en plusieurs volumes. À l’heure du found footage, qui permet à n’importe qui d’apporter sa pierre à l’édifice avec son téléphone portable, le cinéma d’horreur reçoit d’innombrables contributions. Parfois, sur YouTube ou ailleurs, des courts-métrages sortent du lot, comme dernièrement Dieu reconnaitra les siens, de Cédric Le Men. Les codes ont changé, le public pas forcement. Le temps où des ambulances étaient dépêchées à la sortie des cinémas pour réconforter les personnes choquées par L’Exorciste ou par Braindead, est loin. Blindés, les fans sont coutumiers du sang, des tripes et des pires déviances. L’important n’est donc pas dans l’excès. Pour preuve l’influence jamais démentie des Massacre à la tronçonneuse et autres Shining. Des films qui continuent de choquer au point d’influencer encore et toujours le cinéma d’aujourd’hui.
Le défi est de taille pour l’aventurier qui s’attaquera au slasher, au film de maison hanté ou de possession. Comment trouver le bon angle ? Comment ne pas se répéter et se démarquer ? Un défi qui s’impose quoi qu’il en soit et qui détermine sans cesse ce que sera le cinéma d’horreur de demain…

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Linda Blair et William Friedkin sur le tournage de L’Exorciste.

@ Gilles Rolland


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